République du Congo . Le progrès ne doit pas. se bâtir sur l’oubli des victimes.

18 mai 2026

République du Congo . Le  progrès ne doit pas. se bâtir sur l’oubli des victimes.

Mariotti OUABARI

La  République du Congo  a pris  l’option de s’engager résolument sur la voie de la modernisation. Routes, zones industrielles, infrastructures nouvelles, ce sont  là des signes du changement  visibles et nécessaires.

 Mais, aucun projet de développement ne peut prétendre porter l’avenir du pays s’il laisse en chemin ceux qui l’ont déjà payé du prix de leurs maisons, de leurs commerces et de leur stabilité.  Le vrai progrès se mesure à sa capacité à élever tout le monde, pas seulement à transformer les paysages.

Les pouvoirs publics disposent légitimement du droit de réquisition sur les espaces privés lorsque l’exige l’intérêt supérieur de la Nation. La mise en valeur des terres, l’urbanisation, la construction d’infrastructures et de zones industrielles sont des leviers indispensables pour moderniser le pays, créer des emplois et améliorer le cadre de vie collectif. Sur ce point, il n’y a pas de débat. Aucun pays ne se construit sans sacrifices et sans réorganisation de l’espace.

Là où la République du Congo a besoin de paix pour se reconstruire, la manière de procéder devient aussi importante que l’objectif lui-même. Une  expropriation brutale, sans dialogue constructif, sans délai raisonnable convenu  d’accord parties et sans indemnisation à la hauteur de la perte subie, crée plus de fracture qu’elle ne résout de problèmes. L’apaisement social exige que les citoyens délogés soient accompagnés, consultés, relogés ou indemnisés équitablement, avant toute destruction.

 La  force de l’État ne se mesure pas seulement à sa capacité à démolir, mais à sa capacité à protéger ceux qui bâtissent la Nation au quotidien.

L’histoire  récente de Brazzaville porte les traces de cette violence, tout à  fois politique  et administrative. 5 juin 1997, destructions massives liées à la guerre civile. 1998-1998,  violences dans le Pool et déplacements forcés. 4  mars 2012,  explosion du dépôt de munitions de Mpila,  avec des quartiers rasés. Les brutalités  à Mayeye, dans le Département  de la Lekoumou,  ne passent pas inaperçus.

De ces événements,  des milliers de Congolais, dont  moi-même, ont vu leurs maisons, leurs commerces, leurs souvenirs réduits à néant.  Or,  combien ont été indemnisés à la juste valeur de leurs biens ? Très peu.

 Les images insoutenables des mamans en pleurs, du quartier Yoro,  à Brazzaville,  chassées de leurs cases pour laisser place à une zone industrielle, résument cette blessure. On  leur demande de céder le terrain au “progrès”, mais on ne leur donne pas les moyens d’en bénéficier.

Nul  ne s’oppose à la modernisation du Congo. Personne ne refuse l’idée d’une zone industrielle, d’une route, d’un hôpital. Mais   l’amour du pays implique de protéger son peuple. Un pays ne peut pas se développer contre ses citoyens.  Le  progrès véritable, c’est celui qui élève la condition sociale de tous, pas celui qui crée une catégorie de sacrifiés au nom de l’intérêt général.

Développer, oui. Mais développer juste.

Moderniser Brazzaville et la République du Congo n’est pas une alternative discutable. C’est une obligation pour garantir l’avenir des générations futures.  Mais  cette modernisation ne sera légitime que si elle s’accompagne de justice, de dialogue et d’indemnisation équitable pour ceux qu’elle déplace.

 Un pays qui avance en oubliant ses victimes ne construit pas la paix. Il accumule les rancœurs. Le Congo a besoin de bâtir vite, mais il a surtout besoin de bâtir juste.

Paris 18 mai 2026

 Ouabari Mariotti

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