Décadence et faillite des services de sécurité congolais

 Ghys Fortuné BEMBA DOMBE  
 *Point fort des régimes depuis l’organisation laissée par la France à travers l’ancien SDECE, les services de sécurité de la République du Congo affichent une certaine fébrilité depuis le départ des piliers comme Emmanuel Ngouélondélé, Oko Camille, Pierre Oba converti en pillard des minerais, Okombi* *Salissa etc ; ce qui sonne le glas du pouvoir et de toute une génération* *1930-1960 avec laquelle le phénomène bébé noir, demi terrain dans les transports urbains et autres n’auraient jamais pu avoir lieu.*
C’est plus qu’un scandale, une manifestation du pourrissement des activités administratives et régaliennes de l’État congolais. Ces signaux sont d’autant plus graves que la seule compétence reconnue au Président Sassou a toujours été la sécurité. Que s’est-il passé sur ces 25 dernières années ? La toute-puissante « Sécurité d’État » a une origine. En effet, lorsque le colonel Denis Sassou Nguesso renverse le général Jacques Joachim Yhombi Opangault le 5 février 1979, c’est le couronnement de la lutte des services de sécurité civile et populaire sur l’ensemble des forces du pays. L’armée apparaît dans toute sa réalité comme elle l’a toujours été : un vulgaire leurre qui prend sa genèse avec la direction générale des services de sécurité (DGSS). Après l’arrêt des accords de coopération militaires sous l’impulsion d’Alphonse Massamba-Débat, le 23 juin 1966, le décret nᵒ 66-208 fixe l’organisation des services de sécurité. C’est l’acte fondateur qui inscrit l’appareil de sûreté dans le droit positif congolais et lui donne une direction centrale identifiable. De 1968 à 1969, plusieurs décrets attestent d’une période de forte instabilité de cette direction mais aussi de recentrages politico-institutionnels. Cela s’explique par la conquête du pouvoir par l’aile d’extrême gauche du Mouvement national de la révolution (MNR). Elle prendra le nom d’un parti des travailleurs, le Parti congolais du Travail (PCT). Le 16 janvier 1968, M. Bernard MATINGOU est nommé directeur général des services de sécurité (décret nᵒ 68-21, JO 1968-03). Il restera en place 7 mois.
Le 7 août 1968, il est remplacé par le lieutenant MAKOSSO Jean-Raymond qui lui succède (décret nᵒ 68-212, JO 1968-16). C’est le choix imposé par le capitaine Alfred Raoul pour le pouvoir occidental français qui rêve de mettre au pouvoir un vrai fils français, le colonel Augustin Poignet, fils du capitaine Poignet. Cela se passe du 3 au 4 août 1968. Le 11 septembre 1968, le capitaine Alfred Raoul, toujours président du Conseil des ministres, décide du rattachement de la DGSS au CNR (Conseil national de la Révolution), ce qui marque une politisation/militarisation accrue (décret nᵒ 68-244, JO 1968-19). Le capitaine Marien Ngouabi prend le pouvoir le 31 décembre 1968. Il décide de nommer ses proches claniques aux affaires sensibles et clés. Dès le 26 février 1969 : M. EBAKA Jean-Michel est nommé directeur général de la DGSS (décret nᵒ 69-100, JO 1969-06).
Parallèlement, la montée en puissance des effectifs « nordistes » s’effectue à toute allure. Cela se lit surtout dans les textes de promotions exceptionnelles du Journal officiel (JO 1969-10). De 1971 à 1973, l’intégration de la gendarmerie et de la défense civile (dissoutes) à l’Armée populaire nationale entraîne la refonte organique de la DGSS. Le tournant est juridique et net. Le 28 juillet 1971, les services municipaux de la Protection civile sont rattachés à la DGSS (décret nᵒ 71-255, JO 1971-15).
Le 19 janvier 1972, l’ordonnance nᵒ 02-72 intègre les forces de police dans l’Armée populaire nationale (APN) ; les services de sécurité relèvent dès lors pleinement du ministère de la Défense. Le 18 mai 1972, un décret d’application (nᵒ 72-180) précise les modalités de mise en œuvre de cette intégration, publié au JO 1972-11. Le 22 mars 1973, l’acte de refondation est parachevé : création, au sein de l’APN, d’un corps dénommé Direction générale des services de sécurité (DGSS) (décret nᵒ 73-101). Le JO 1973-09 en atteste la référence explicite (« Vu le décret nᵒ 73-101… »). La DGSS est donc la convergence de la totalité des services de sécurité du Congo : civile, militaire et de police. Est placé à la tête de cette DGSS par le capitaine Marien Ngouabi, chef de l’État et président du Conseil d’État, le lieutenant Denis Sassou Nguesso, jeune homme de main et de confiance absolue du Président. Cette situation va perdurer jusqu’à l’assassinat de ce dernier le 18 mars 1977.
Les schémas de formation de l’élite laissés par les Français reprendront de la vigueur avec l’arrivée à la présidence de la république populaire du Congo du colonel Sassou. M. Albin Chalandon, D.G d’Elf Aquitaine et grand financier du renversement du général Joachim Yhomby Opangault, jugé « pro-américain » par les services français, va installer tout l’appareil du SDECE, dont lui-même est un ancien employé. Cela verra arriver entre autres le colonel Jean-Yves Olivier qui assurera la consolidation du régime. Nous sommes en 1979.
On doit au caractère iconoclaste du professeur Pascal Lissouba (et ses conseillers, dont Benoît Koukebené), successeur de Sassou en 1992, l’explosion de ces accords en 1993. En effet, son refus d’obéir aux injonctions de Loïk Le Floch-Prigent, alors DG d’Elf Aquitaine. Plus tard, Loïc, sur les champs Elysées nous confirme : la crispation des rapports entre les services français et Lissouba était palpable. La rupture définitive interviendra en 1993 avec la signature de la vente du pétrole de Occidental Oil and Gas (OXY) à 3 dollars le baril de pétrole. Une opération totalement imbécile du point de vue économique et stupide face à la trahison de l’allié de toujours ELF Aquitaine qui va se venger dans un fracas de tonnerre et de sang. Ce sera la guerre de 1997 à 1999… 400000 morts selon Eric Denecé… ! Un choc que les Congolais n’arrivent pas à surmonter à ce jour, tellement le traumatisme collectif aura affecté les chairs et les esprits dans un choc désormais culturel, voire même d’ADN des habitants, pour au moins cinq (5) générations. Le “J’accuse – zéro morts – confusionniste des disparus du beach “, Anatole Collinet Makosso n’a jamais contesté le chiffre.
( La suite vendredi 22/08/25)
 Ghys Fortuné BEMBA DOMBE

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