ALLIANCE POUR LA REPUBLIQUE ET LA DEMOCRATIE
A.R.D
1333, rue Mouleké bis Ouenzé UNITE*TRAVAIL*PROGRES
Brazzaville

-
Tribune n° 4
-
Congo-Brazzaville. Le réajustement des règles qui régissent la création, le fonctionnement et le financement des partis politiques.
Mathias DZON
Au Congo-Brazzaville, un petit pays de 6 millions d’habitants, on compte près de 60 partis politiques, tandis qu’un pays comme les USA, peuplé de 340,1 millions d’habitants, ou la Grande-Bretagne, peuplé de 68,35 millions d’habitants, n’en compte chacun que deux. Quant à la France, pays dont la population est estimée à près de 68,9 millions d’habitants, elle compte près d’une quinzaine de partis politiques. Plus grave, l’instrumentalisation des ethnies et des régions à des fins clientélistes par l’Etat/PCT et les ethno-partis ou partis à dominante ethno-régionaliste constitue un obstacle majeur à la formation d’une nation congolaise et à l’élaboration d’une vision d’ensemble de type nationalitaire. Aujourd’hui, la formation d’une conscience nationale est plombée par les replis identitaires sectaires (népotisme, ethnocentrisme, régionalisme, préférence ethno-régionale, séparatisme) secrétés, entretenus, cultivés, voire institutionnalisés par l’Etat/PCT et les ethno-partis qui ont induit dans les consciences insuffisamment affranchies, une vision de la politique conçue comme une lutte des ethnies, à l’instar de la lutte des classes, théorisée par Karl Max, ou plus largement, une lutte des régions du Nord contre celles du Sud du Congo. Ce faisant, les ethno-partis portent à des degrés divers, une part importante de responsabilité dans l’explosion du népotisme, de l’ethnocentrisme et du régionalisme qui parasitent aujourd’hui la vie politique au Congo.
Une césure s’impose. Il faut impérativement dépasser les clivages ethno régionalistes qui empêchent la plupart des citoyens congolais d’accéder à la conscience nationale et qui de ce fait, retardent la marche vers la construction d’une nation congolaise, une et indivisible. Dans cette perspective, nous entendons mettre en œuvre des conditions appropriées, en vue de la création de vrais partis politiques au Congo-Brazzaville. Comme chacun le sait, sous d’autres cieux, un parti politique rassemble des hommes et des femmes qui ont en partage les mêmes convictions politiques, c’est-à-dire, la même idéologie ou doctrine politique. On entre en politique par conviction, pour être au service d’une nation et servir l’intérêt général 1 et non pas, par nécessité, pour servir ses intérêts personnels, ceux de sa famille, de son clan, de son ethnie ou de sa région d’appartenance. L’abnégation, le sens de l’intérêt général et l’engagement sincère à défendre une cause que l’on juge juste sont les qualités exigées d’un acteur politique.
De ce point de vue, un parti politique n’est pas un rassemblement des membres d’une famille, d’un clan, d’une ethnie ou d’une région. Tout parti politique véritable a pour fondement une doctrine politique donnée et rassemble des hommes et des femmes qui adhèrent à cette doctrine politique. En France par exemple, il existe des partis de l’extrême droite, des partis de la droite libérale, des partis centristes, des partis sociaux démocrates, des partis écologistes, un parti communiste, des partis de l’extrême gauche (La France insoumise, Lutte ouvrière, le nouveau parti anticapitaliste, le parti ouvrier indépendant, solidarité écologie gauche alternative, les Alternatifs, le parti anarchiste révolutionnaire) etc. Ces partis ne sont pas des rassemblements des originaires de telle ou telle région de France. Aux USA, il y a un parti qui rassemble les différentes tendances de la droite américaine (le Parti Républicain) et un parti qui rassemble les différentes sensibilités de la social-démocratie et du centre (le Parti Démocrate). A contre-courant de cette tendance générale, à part de très rares exceptions, au Congo-Brazzaville, les partis politiques ne se créent pas sur la base de doctrines politiques, économiques et sociales et ne rassemblent pas des femmes et des hommes qui ont en partage une même doctrine politique. Bien souvent, il s’agit de regroupements de personnes issues d’une même famille, d’un même clan, d’un même village, d’une même ethnie, d’un même district ou d’une même région.
Ces regroupements d’originaires n’ont généralement aucun projet global pour le développement du Congo et ne visent qu’un objectif : la conquête et la préservation du pouvoir au nom de leur terroir. Ils ne sont préoccupés que par une chose : le pouvoir, les avantages et les privilèges que procure le pouvoir ; leur souci est d’abord alimentaire et communautariste. Mus avant tout par la recherche du confort matériel et l’intérêt personnel, ces regroupements d’originaires, qu’on appelle par abus de langage, des partis politiques, instrumentalisent le sentiment d’appartenance à une famille, à un clan, à un village, à un district, à une région et l’exploitent à des fins de mobilisation partisane. Ces ethno-partis ou partis ethniques constituent aujourd’hui un des maux colossaux qui minent le Congo Brazzaville. Un regard panoramique sur l’histoire récente de notre pays révèle que depuis l’accession du Congo à l’indépendance en 1960, la construction de la nation est obérée par l’envahissement du champ politique par des intégrismes ethniques et régionaux et l’intolérance qui les nourrit.
Pour rappel, les premiers partis politiques congolais (l’Union démocratique pour la défense des intérêts africains, en sigle UDDIA, parti d’obédience 2 chrétienne, dirigé par l’abbé Fulbert Youlou ; – le Mouvement socialiste africain, en sigle MSA, allié à la section française de l’Internationale ouvrière et dirigé par Jacques Opagault ; – le Parti progressiste congolais, en sigle PPC, fondé par Jean Felix Tchikaya, rattaché au Rassemblement démocratique africain de Felix Houphouet Boigny et apparenté au Parti communiste français de Maurice Thorez), ces trois premiers partis congolais disions-nous, recrutaient principalement leurs militants dans les terroirs de leurs leaders respectifs (UDDIA, dans le Pool et dans les localités abritant les originaires du Pool ; le MSA, dans le Nord du Congo ; le PPC dans le Kouilou et dans le Niari). Ces trois partis étaient déjà des partis à dominante ethno-régionaliste. Cette « ethno-régionalisation » de la politique est l’une des causes principales des conflits socio-politiques qui déchirent le Congo. Il est de notoriété publique que les premiers affrontements sanglants en février 1959 à Brazzaville sont d’essence ethno-régionaliste, car, ils ont opposé principalement (mais pas exclusivement), d’un côté, des Laris et des Bacongos, partisans de Fulbert Youlou, de l’autre, des ressortissants des régions Nord du Congo, partisans de Jacques Opagault.
Plus près de nous, la guerre de 1993-1994 a opposé principalement (mais pas exclusivement), des Bacongos et des Laris, baptisés par la rumeur publique « Tchecks », partisans de Bernard Kolelas, à des originaires des régions du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou, résidant dans les quartiers Sud de Brazzaville et baptisés « Nibolecks », partisans de Pascal Lissouba. Quant à la guerre du 5 juin 1997, elle a opposé principalement (mais pas exclusivement) d’un côté, « les Nibolecks », partisans de Pascal Lissouba, « Les Techecks », partisans de Bernard Kolelas, de l’autre, les ressortissants du Nord du Congo, baptisés par la rumeur publique « les Norvegiens », partisans de Denis Sassou Nguesso. Pendant cette guerre, il y avait une sorte de balkanisation ethno-régionaliste du Congo. Dans ce cadre, les ressortissants du Nord ne pouvaient plus se rendre dans les zones contrôlées par les partisans de Pascal Lissouba et de Bernard Kolelas, tandis que les ressortissants des régions du Sud étaient considérés comme persona non grata dans les zones contrôlées par les partisans de Denis Sassou Nguesso. Signalons enfin que la plupart de ce que l’on nomme au Congo, les grands partis politiques sont en fait, des ethno-partis. En effet, si le PCT a hérité de l’implantation nationale de l’ancien parti unique et a conforté cette implantation en raison de son statut de parti au pouvoir et par l’achat des consciences, aujourd’hui, ce parti s’est dans les faits, transformé en un parti à dominante ethno-régionaliste. Les postes de responsabilité les plus importants de ce parti sont confiés majoritairement à des cadres des régions Nord du Congo, fidèles à Denis Sassou Nguesso.
De plus, ce parti n’a pas de militants. Il n’a que des clients en quête de confort matériel. 3 Quant à l’UPADS, elle recrute essentiellement (mais pas exclusivement) ses militants dans le Niari, la Bouenza et la Lékoumou. Son emblème, les trois palmiers symbolise cette appartenance régionale de la majorité des militants de ce parti. Pour sa part, le MCDDI et ses avatars (Yuki, UPC, DRD, PSVR) rassemblent majoritairement (mais pas exclusivement) des originaires du Pool. Dans le même esprit, le RDPS de Jean Pierre Thyster Tchikaya rassemble essentiellement (mais pas seulement) les Vilis de Pointe-Noire et de la région du Kouilou. Il en va de même du MAR de Jean-Baptiste Taty Loutard. Le RDD de Jacques Joachim Yombi Opango regroupe majoritairement (pas seulement) les Kouyous d’Owando et d’ailleurs. L’UFD de Charles David Ganao recrute essentiellement (mais pas seulement) dans le terroir de son leader : la région des Plateaux et les localités qui abritent des Tékés. L’envahissement du champ politique congolais par les intégrismes ethniques et régionaux commande une refondation des partis politiques actuels, co responsables avec l’Etat/PCT, des replis identitaires sectaires, facteurs de division des Congolais. En nous inspirant des expériences positives à l’œuvre dans les nations démocratiques, notre parti entend proposer une loi portant refondation des partis politiques actuels, loi édictant les nouveaux critères requis pour la création d’un parti politique, de nouvelles modalités du fonctionnement des partis et de nouveaux mécanismes de leur financement. La nouvelle loi contiendra des dispositions interdisant strictement tout parti qui n’aura pas pour fondement une doctrine politique consacrée et un caractère national. Le nombre des partis politiques sera considérablement réduit et ramené à cinq au maximum, ce, dans la mesure où les partis devront désormais être crées sur la base d’une doctrine politique donnée. Pour prendre en compte toutes les sensibilités politiques du pays, il y aura un parti de la droite libérale, un parti du centre, un parti social-démocrate, un parti écologiste et un parti de la gauche démocratique.
Les adhésions à ces nouveaux partis seront totalement libres et volontaires. Pour garantir aux nouveaux partis politiques un fonctionnement pérenne, outre la subvention publique octroyée à chaque parti légalement constitué et représenté au parlement, l’Etat autorisera les partis reconnus à entreprendre des activités génératrices de revenus, comme par exemple, la création des services d’activités industrielles et commerciales, et/ou la création d’associations de financement des partis reconnus, ainsi que la nomination de mandataires financiers de ces partis. Dans le même ordre de préoccupations, l’Etat s’engagera à apporter sa garantie aux prêts octroyés par les établissements de crédit et les sociétés de financement de la place aux partis politiques reconnus, à travers leurs associations de financement ou leurs mandataires financiers. Pour des raisons de transparence financière, les emprunts des partis politiques seront 4 déclarés et rendus publics. De même, il sera créé un poste de Médiateur du crédit aux partis politiques reconnus et aux candidats à une élection nationale. Toutes les demandes de crédits bancaires formulées par les partis politiques reconnus passeront par le médiateur du crédit. Une loi organique portant financement des partis politiques précisera très nettement que l’Etat apportera sa garantie aux prêts octroyés par les banques de la place aux partis politiques reconnus. Dès leur reconnaissance par l’Etat, chacun des cinq nouveaux partis recevra une dotation de fonctionnement d’un montant de 100 millions de francs CFA.
Chaque parti politique reconnu est tenu d’avoir un compte bancaire, domicilié dans un établissement de financement de la place Par ailleurs, le financement public sera étendu aux partis légalement constitués et reconnus par l’Etat, mais qui ne sont pas représentés au parlement. Les nouveaux partis auront par ailleurs, l’impérieuse obligation d’assurer la formation politique et civique de leurs militants, afin que ces derniers s’approprient les valeurs cardinales du patriotisme et de l’universalisme, ce, pour les empêcher d’être contaminés par le virus du népotisme, de l’ethnocentrisme, du régionalisme, de la préférence ethno régionale, du nationalisme étroit, du séparatisme et de la haine de l’autre. L’expérience historique a montré qu’un peuple ignorant est la victime désignée de toutes les manipulations, cependant qu’un peuple instruit, accède à la connaissance, à la conscience claire et à la liberté. Les pères fondateurs de la République ne concevaient pas de citoyenneté sans instruction des citoyens. Dans le même esprit, l’ancien président Sud africain, Nelson Mandela déclarait : « L’éducation est l’arme la plus redoutable pour changer le monde ».
Pour briser les fractures sociales actuelles, il est nécessaire de s’atteler à réduire le poids des replis identitaires sectaires dans la vie politique et dans la vie publique congolaise. Avec la mondialisation, le monde est devenu interdépendant. Aujourd’hui, on ne peut plus vivre replié sur soi et entre-soi. L’ouverture à l’autre et sur le monde est devenue une nécessité absolue pour chaque citoyen d’un pays et pour chaque nation du monde. Le repli sur soi est suicidaire politiquement et économiquement. L’évolution du monde condamne les ethno-partis et oblige à construire de grands ensembles politiques adossés sur des doctrines politiques consacrées, et non pas sur le sentiment d’appartenance à une famille, à un village, à une ethnie, à une région.
La classe politique congolaise a le devoir impérieux de sortir des sentiers battus des replis identitaires sectaires et de s’arrimer au monde d’aujourd’hui, marqué dans le domaine politique, au niveau national, par la reconnaissance du droit à la différence, la tolérance politique, l’ouverture à l’autre, la volonté partagée de vivre ensemble par-delà les différences d’appartenance, l’unité nationale, et au niveau international, par l’universalisme et la coopération 5 gagnant/gagnant. Il faut penser l’avenir du Congo en termes de nation et d’unité nationale, et non plus, en termes communautaristes d’appartenance à une ethnie ou à une région. L’unité nationale est l’une des bases essentielles du développement d’un pays.
Fait à Brazzaville, le 20 mai 2025
Pour la Conférence des présidents
Mathias Dzon
















































































































































































































































































































































































































































































