Congo : chronique d’une adjudication fantôme et d’une gouvernance moribonde qui confirme la faillite.

Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
*Le 19 août 2025, le Trésor public congolais a organisé une adjudication de Bons du Trésor Assimilables (BTA) censée rapporter dix milliards de francs CFA. Les résultats consignés dans le communiqué n°000403/MFBPP/DGT/DGAT/DOBM/SOMD publié, le 21 août 2025 pour le ministre des finances et par ordre, le D.G du trésor, tient de la farce tragique : à peine cent cinquante-trois millions ont été soumissionnés, soit un ridicule 1,53 % du montant recherché. Et de ce montant déjà dérisoire, rien n’a été servi.*
Le marché a tourné le dos, et l’État, obstiné, a préféré tout annuler plutôt que d’affronter la réalité du prix auquel il est désormais contraint de se financer.
La scène est surréaliste. Sur vingt-cinq spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) théoriquement agréés pour animer le marché, seuls quatre se sont manifestés. Les quelques propositions qui sont tombées plaçaient le coût du risque souverain congolais entre 6,5 et 8 %. Mais, dans un geste qui tient plus de l’aveuglement politique que de la rationalité financière, le Trésor a fixé un taux limite à zéro. Un taux nul, comme si le risque Congo ne valait rien, comme si les investisseurs pouvaient encore accepter de prêter gratuitement à un État dont la réputation est déjà ternie par l’endettement opaque, les scandales financiers et les retards de paiement. En agissant ainsi, l’émetteur s’est sabordé lui-même : plutôt que de reconnaître le prix réel du marché, il a décrété l’inexistence de ce marché.
Ce fiasco n’est pas anecdotique, il est révélateur. Il traduit une rupture profonde de confiance. Quand le Trésor d’un pays n’arrive plus à lever le moindre franc sur son marché domestique, c’est le signal d’une défiance systémique. Le peu d’institutions qui ont osé soumissionner l’ont fait à des conditions raisonnables compte tenu du risque, mais la réponse du Trésor a été un refus catégorique, un déni pur et simple. Ainsi, le Congo envoie à ses partenaires financiers et à ses bailleurs un message catastrophique : il ne veut pas, ou ne peut pas, affronter la vérité du prix de sa dette.
Les conséquences d’un tel blocage sont multiples. D’abord, la crédibilité de la signature souveraine s’effondre. Si les banques, les assurances congolaises et même la BSCA qui est montée en puissance depuis bientôt trois ans, rechignent à prêter à l’État aujourd’hui, comment convaincre des investisseurs extérieurs de le faire ? Ensuite, l’échec fragilise le système bancaire local, pris en étau entre des besoins massifs de refinancement du Trésor et l’impossibilité d’y répondre sans rémunération décente. Enfin, l’impasse budgétaire s’aggrave : faute de financement par le marché, le gouvernement sera tenté de se tourner vers la planche à billets ou vers des arrangements opaques avec des partenaires extérieurs, au prix d’une dépendance accrue et d’une perte de souveraineté économique.
Ce qui choque le plus dans cet épisode, ce n’est pas seulement la faiblesse des soumissions mais l’entêtement du Trésor à préférer l’humiliation du zéro servi plutôt que d’assumer que le pays doit désormais se financer autour de 7 ou 8 %. Cette obstination est un scandale en soi. Elle illustre une gouvernance financière autiste, incapable d’admettre l’évidence, préférant nier le marché plutôt que de l’écouter. C’est un choix politique de façade : masquer la réalité du coût de la dette en proclamant une adjudication blanche, comme si l’absence de transaction effaçait le problème. En vérité, elle le grossit.
Nous ne sommes plus dans l’anecdote technique mais au seuil d’une crise obligataire congolaise. Un État qui ne parvient plus à lever de l’argent sur son propre marché est un État en détresse de trésorerie. L’épisode du 19 août signe un point de bascule. Le marché congolais des titres publics, déjà fragile, bascule dans l’inopérant. Sans une réforme radicale — transparence accrue, acceptation de taux réalistes, élargissement de la base d’investisseurs —, le pays risque de se retrouver totalement exclu de son propre marché, condamné à mendier ailleurs à des conditions encore plus douloureuses.
Il faut dire les choses comme elles sont : cette adjudication fantôme est un scandale d’État. Elle dévoile le gouffre entre un Trésor qui vit dans l’illusion et des investisseurs qui, eux, savent que le risque Congo a un prix. Ce prix, l’État refuse de l’assumer. Et dans ce refus s’esquisse une faillite larvée, une perte de confiance généralisée, une fragilisation de la monnaie commune de la CEMAC. Car si un État membre est incapable de lever le moindre franc CFA sur son marché, c’est toute l’union monétaire qui vacille.
Le 19 août 2025 restera dans l’histoire financière congolaise comme le jour où le masque est tombé : derrière les communiqués ronflants et les discours sur la maîtrise budgétaire, il ne reste que le vide. Le marché a parlé, et il a dit non. Le Trésor a répondu par le silence. Entre les deux, le gouffre s’ouvre. Pourtant, le Congo n’est pas pauvre. Mais, les méchants – dignitaires préfèrent le piller pour se constituer un trésor de guerre ou investir dans l’immobilier et ailleurs à leur propre compte, témoin : les building qui poussent au quotidien çà et là. Bref, c’est la conséquence du manque de sanctions et de confier des responsabilités aux incompétents
Ghys Fortuné BEMBA DOMBE




















































































































































































































































































































































































































































































