Cinquante ans d’indépendance angolaise : hommage à Ngouabi, silence sur la guerre du Congo

Cinquante ans d’indépendance angolaise : hommage à Ngouabi, silence sur la guerre du Congo

Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé

A quand la présentation solennelle des excuses du gouvernement angolais pour ces événements douloureux ?

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Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé

A quand la présentation solennelle des excuses du gouvernement angolais pour ces événements douloureux ?

Le 11 novembre dernier, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Angola, le président João Lourenço a décerné à titre posthume la plus haute distinction honorifique du pays au Commandant Marien Ngouabi. Ce geste, empreint de reconnaissance, salue le rôle historique que joua le leader congolais dans le soutien au MPLA durant la guerre de libération.

Mais au-delà de cet hommage solennel, un parfum d’amertume subsiste dans la mémoire collective congolaise : celui de la guerre de 1997, au cours de laquelle les troupes angolaises, intervenues aux côtés des Cobras de Denis Sassou Nguesso, mirent fin à un régime démocratiquement élu et plongèrent le Congo dans une tragédie fraternelle. D’où une question persistante : à quand la présentation solennelle des excuses du gouvernement angolais pour ces événements douloureux

Des racines communes : le temps du Royaume Kongo et de la solidarité révolutionnaire

Les relations entre le Congo et l’Angola ne devraient jamais se réduire à de simples rapports politiques ou diplomatiques. Les deux peuples partagent des racines ethniques, culturelles et historiques profondes.

Une partie du territoire de l’actuelle République du Congo, autrefois appelée province de Nsundi, faisait jadis partie du Royaume Kongo, dont la capitale, Mbanza Kongo, se trouvait sur le territoire de l’actuelle République d’Angola.

Cette fraternité s’était ravivée dans les années 1960, lorsque le Congo-Brazzaville apporta un soutien déterminant à la lutte de libération du peuple angolais.

Comme le rappelle Michael Mapakou, si Marien Ngouabi a puissamment aidé le MPLA, c’est sous le président Alphonse Massamba-Débat que le mouvement établit son quartier général à Brazzaville, après sa naissance à Kinshasa.

La diplomatie de Ngouabi fut donc la continuation d’une solidarité déjà en marche, renforcée par l’arrivée des premiers conseillers cubains chargés de la défense civile au Congo.

Le témoignage de Lissouba : un acte d’humanité oublié

Michael Mapakou rappelle également un épisode méconnu, rapporté par l’ancien président Pascal Lissouba.

Lors de son exil à Londres, José Eduardo dos Santos, alors président de l’Angola, aurait envoyé une délégation à Lissouba pour lui présenter des excuses quant à l’intervention militaire angolaise au Congo.

À cette occasion, Lissouba aurait évoqué un souvenir poignant : il raconta comment, durant les années de lutte du MPLA, il avait sauvé la vie d’Agostinho Neto, menacé par ses propres compagnons pour des soupçons de détournement de fonds.

Pour le protéger, il l’aurait caché sous son propre lit. Ce geste symbolise toute la profondeur des liens fraternels qui unissaient jadis les deux peuples.

1997 : la fracture d’une fraternité

Cette fraternité historique fut tragiquement brisée en 1997, lorsque l’armée angolaise entra au Congo pour soutenir Denis Sassou Nguesso dans sa guerre de reconquête du pouvoir.

Cette intervention, menée aux côtés de la milice des Cobras, entraîna la chute du président élu Pascal Lissouba et fit des milliers de morts parmi les civils congolais.

Depuis lors, une plaie reste ouverte. Beaucoup de Congolais considèrent que cette guerre, loin d’être une simple opération politique, fut une trahison entre deux peuples issus d’une même histoire.

Un hommage qui ne suffit pas

L’hommage rendu à Marien Ngouabi par le président João Lourenço, bien que noble et légitime, ne suffit pas à apaiser cette blessure historique.

Les Congolais saluent la reconnaissance due à celui qui fut un grand résistant et un pilier de la cause africaine, mais ils attendent également un geste moral fort : la reconnaissance publique de la responsabilité de l’Angola dans la guerre de 1997 et la présentation solennelle d’excuses au peuple congolais

Pour une réconciliation véritable

À l’heure où l’Afrique aspire à une coopération fondée sur la mémoire, la justice et la fraternité, il est temps que les dirigeants des deux pays s’engagent dans un processus de réconciliation historique.

La reconnaissance de la vérité n’efface pas le passé, mais elle rétablit la dignité des peuples.

Congo et Angola partagent plus qu’une frontière : ils partagent un sang, une histoire et un destin. L’hommage à Marien Ngouabi est un beau symbole. Mais la paix des mémoires ne sera complète que lorsque l’Angola aura officiellement demandé pardon pour la guerre fratricide de 1997.

Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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