Gilbert Ondongo ou le nouveau patient de l’intellopolitisme
Serge Armand Zanzala
En 2020, nous avons publié aux Éditions Edilivre un roman au titre volontairement provocateur et teinté d’humour : Une chéchia rouge pour tonton Ouatta, un casque colonial pour le cousin Mac. Dans cet ouvrage, nous racontions la première apparition, hors du continent africain, d’une étrange affection morale baptisée « intellopolitisme » — une pandémie silencieuse, mais redoutable, se propageant avec la même rapidité que le Covid-19. Le roman s’ouvrait ainsi : « 2020, le monde découvre les premiers cas de l’‘intellopolitisme’ en dehors du continent africain. Très vite, la maladie devient une pandémie mondiale comme le Covid-19. Néanmoins, c’est avec la ‘débaptisation’ du Franc CFA en Eco que l’on a découvert les premiers malades : deux grands intellectuels devenus des chefs d’État, en l’occurrence les présidents français Emmanuel Macron et ivoirien Alassane Dramane Ouattara. »
Nous y définissions l’intellopolitisme comme une maladie morale, chronique et régénératrice, par laquelle l’intellectuel se renie, se désavoue, abjure et feint d’ignorer un sujet relevant pourtant de son domaine de compétence, afin de se laisser écraser volontairement par le « politisme ». Une pathologie ancienne, qui a déjà détruit des peuples et fauché des nations entières. Ce roman relatait ainsi le suivi de deux patients mis en quarantaine, depuis leurs premières consultations médicales jusqu’aux traitements imaginaires administrés à leurs dérives.
Or, en suivant récemment le discours du délégué national au congrès fédéral de Brazzaville, Gilbert Ondongo — ancien Ministre d’État, Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Portefeuille public, formé dans de prestigieuses universités françaises telles Paris-XIII, Panthéon-Assas et Paris-Nanterre — j’ai été frappé de reconnaître, presque mot pour mot, les symptômes caractéristiques de cette maladie. En affirmant, à propos de Denis Sassou Nguesso : « Considérant la popularité jamais démentie, dans le contexte actuel, il demeure la seule personnalité politique capable de poursuivre l’œuvre de paix, de stabilité et de développement », l’homme réputé intellectuel semblait soudain succomber à l’intellopolitisme dans toute sa splendeur.
Il ne m’en fallut pas davantage pour saisir mon stylo et rédiger ce diagnostic sur la santé du Congo, en attendant l’ordonnance. Car, face à un tel degré de reniement intellectuel, il devient urgent de rappeler — et de faire savoir — les cent caractéristiques du sous-développement de la République du Congo, non pas pour accabler, mais pour éclairer, dénoncer et, peut-être, ouvrir les voies d’une guérison collective.
100 caractéristiques du sous-développement de la République du Congo
A. Gouvernance, Institutions et État (1–20)
1. Centralisation excessive du pouvoir politique.
2. Faible transparence dans la gestion publique.
3. Corruption généralisée.
4. Absence de contre-pouvoirs réels.
5. Justice non indépendante.
6. Nomination des cadres par clientélisme plutôt que par compétence.
7. Faible application des lois existantes.
8. Impunité administrative et politique.
9. Faible efficacité des services publics.
10. Bureaucratie lourde et lente.
11. Insécurité juridique pour les investisseurs.
12. Gouvernance locale peu autonomisée.
13. Fragmentation interne du pouvoir (clans, réseaux).
14. Contradictions récurrentes entre institutions.
15. Faible planification stratégique de l’État.
16. Absence de politiques publiques évaluées et ajustées.
17. Dépendance excessive à un leadership personnalisé.
18. Manque de mécanismes participatifs (population peu impliquée).
19. Gestion opaque des finances publiques.
20. Problèmes persistants de respect des droits humains.
B. Économie et Finances (21–40)
21. Économie fortement dépendante du pétrole.
22. Faible diversification économique.
23. Poids dominant du secteur informel.
24. Absence d’industrialisation significative.
25. Faible productivité du travail.
26. Inflation structurelle récurrente.
27. Dette publique élevée et mal gérée.
28. Évasion et fuite des capitaux.
29. Détérioration du tissu entrepreneurial national.
30. Manque de soutien aux PME et aux startups.
31. Faible bancarisation de la population.
32. Dépendance excessive aux importations (même alimentaires).
33. Absence d’un marché intérieur solide.
34. Instabilité du climat des affaires.
35. Mauvaise gestion des fonds souverains.
36. Faibles recettes hors pétrole.
37. Faible compétitivité régionale et internationale.
38. Manque de culture de l’innovation.
39. Inexistence d’une véritable politique industrielle.
40. Faible intégration au commerce intra-africain.
C. Infrastructures (41–55)
41. Réseau routier insuffisant et dégradé.
42. Absence de réseau ferroviaire national fonctionnel.
43. Infrastructures portuaires vieillissantes.
44. Déficit énergétique chronique.
45. Coupures d’électricité fréquentes.
46. Accès limité à l’eau potable.
47. Faible desserte en zones rurales.
48. Infrastructures de télécommunications insuffisantes.
49. Internet coûteux et lent.
50. Insuffisance des logements sociaux.
51. Mauvais entretien des infrastructures existantes.
52. Aéroports régionaux sous-utilisés.
53. Faible couverture du réseau de transport en commun.
54. Absence d’un plan national d’urbanisme cohérent.
55. Projets abandonnés ou inachevés.
D. Santé (56–65)
56. Système de santé sous-financé.
57. Manque de personnel médical qualifié.
58. Fuite de cerveaux dans le secteur médical.
59. Infrastructures hospitalières insuffisantes.
60. Manque d’équipements modernes.
61. Accès limité aux médicaments de qualité.
62. Forte prévalence des maladies évitables.
63. Mortalité infantile et maternelle élevée.
64. Faible couverture d’assurance santé.
65. Dépendance aux ONG et à l’aide extérieure.
E. Éducation et Recherche (66–75)
66. Système éducatif en crise.
67. Salles de classe surchargées.
68. Faible taux de scolarisation en zones rurales.
69. Manque d’enseignants qualifiés.
70. Contenus scolaires souvent obsolètes.
71. Faible niveau de maîtrise des compétences de base.
72. Manque d’universités performantes.
73. Recherche scientifique quasi inexistante.
74. Insuffisance des bibliothèques publiques.
75. Absence de politique nationale du livre et de la lecture.
F. Agriculture et Zones rurales (76–85)
76. Agriculture dominée par des méthodes archaïques.
77. Très faible productivité agricole.
78. Abandon des terres cultivables.
79. Manque d’accès aux intrants agricoles modernes.
80. Absence de chaînes de valeur structurées.
81. Mauvaise organisation du marché agricole.
82. Dépendance alimentaire massive.
83. Manque d’unités de transformation agro-industrielle.
84. Insécurité foncière rurale.
85. Exode rural massif.
G. Société, Culture et Développement humain (86–100)
86. Pauvreté persistante.
87. Fortes inégalités sociales.
88. Chômage élevé, surtout chez les jeunes.
89. Sous-emploi généralisé.
90. Urbanisation anarchique.
91. Logements précaires dans certaines zones.
92. Criminalité et insécurité urbaines.
93. Faible protection sociale.
94. Dépendance culturelle aux modèles extérieurs.
95. Perte progressive des valeurs traditionnelles.
96. Sous-représentation des femmes en politique.
97. Faible participation citoyenne.
98. Manipulation ethnique dans la politique.
99. Faible cohésion nationale.
100. Défiance généralisée envers les institutions.





















































































































































































































































































































































































































































































