FOOTBALL : Bahamboula-Mbemba ‘’Tostao’’, une voix sage dans une période de crise
Par
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22 novembre 2025
Guy-Saturnin MAHOUNGOU
Tenues de football
Icone incontestée et légende vivante du football congolais, Bagamboula-Mbemba, dit ‘’Tostao’’ donne son avis sur la régression du football congolais qui le préoccupe et évoque sa disponibilité pour redorer l’image de son pays, dans l’interview ci-après.
Pourquoi l’équipe nationale ne réussit-elle plus à se qualifier à la CAN ? *Je n’ai pas tous les éléments pour dire ce qui se passe. Je peux néanmoins dresser un constat : les équipes nationales des années 60, 70 et 80 étaient, tout simplement, bien préparées. A ces époques, on ne bâtissait pas une équipe du jour au lendemain. On prenait du temps, et l’Etat donnait de vrais moyens à la sélection nationale. Il était possible d’organiser régulièrement des stages et des matchs amicaux contre des sélections africaines, des clubs européens et sud-américains, l’ossature étant locale. Actuellement, on ne progresse pas malgré le recours massif aux joueurs évoluant à l’étranger. C’est tout de même grave que l’équipe nationale ne se qualifie plus depuis dix ans. Elle est devenue l’une des plus mauvaise d’Afrique. C’est vraiment grave !
A quoi le football congolais doit-il d’en être arrivé là ? *A de nombreuses choses. Il y a d’abord un réel problème d’organisation au sein de notre football. Actuellement, les grands pays de football sont ceux qui sont mieux organisés. Ils mettent d’énormes moyens à la disposition du football. Sans moyens on n’arrive à rien. Il y a aussi un manque de stabilité au niveau des sélectionneurs et de l’ossature des Diables-Rouges. Changer trop souvent d’entraîneur n’est jamais bon. Autre fait à relever : les grands dirigeants sont devenus denrée rare. Nombreux n’ont pas un projet de développement pour leur équipe. Certains ont même pris leur club en otage, décident de tout, s’entourent de courtisans. A notre époque, le club n’était pas une affaire du président tout seul, mais une famille où tout le monde faisait son travail dans un climat de confiance mutuelle. D’autres dirigeants sont confrontés au problème financier.
Le renouveau est-il possible ? *Il passe par une bonne organisation et une bonne préparation. Il passe aussi par la régularité des championnats dans toutes les catégories et la création de centres de formation à travers le pays afin de préparer la relève. Il faut donc investir dans la formation ; chaque club doit se fixer cet objectif. Les footballeurs les plus talentueux et les plus célèbres sont nés dans les compétitions organisées dans la rue, dans un terrain vague ou dans une cour d’école. La transformation des villes a joué incontestablement un mauvais tour au football congolais dans la mesure où elle a supprimé les espaces naturels de jeu. Le déclin de notre pays pourrait aussi s’expliquer ainsi. Je pense que les gens s’endorment dangereusement; il est temps qu’ils réagissent!
A qui vous adressez-vous? * A tous les acteurs de la discipline. Il faut aussi que l’Etat décide d’une vraie politique sportive. Je suis convaincu que tous : fédération, clubs, ministère des Sports, anciens joueurs, entraîneurs, arbitres, etc., nous pouvons réhabiliter la pratique sportive et redorer le blason de notre football.
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Les clubs sortent moins de grands joueurs maintenant… *C’est en partie vrai. Toutefois ne vous trompez pas : le talent existe, mais il faut un environnement propice à son épanouissement. C’est pourquoi, entre autres solutions, il est urgent d’améliorer la condition du joueur. A notre époque, les entreprises et les administrations recrutaient les joueurs, et donc nous n’avions pas trop de soucis pécuniers. Le championnat était d’un très bon niveau. Ce qui n’est plus le cas actuellement. Faute d’emploi, le footballeur d’aujourd’hui a fait du football un travail à plein temps, mais il n’a pas un salaire versé régulièrement qui puisse lui permettre de subvenir à ses besoins.
Où trouver l’argent ? * Il y a des autorités dans le pays ; il y a une fédération et il y a des dirigeants de clubs, c’est à eux de réfléchir et de décider. Des journées de réflexion ont été organisées dans notre pays. On ne peut pas faire de football sans joueurs. Pour qu’un joueur puisse donner le maximum de son savoir-faire, il doit bénéficier de la plus grande attention et protection.
Quelle est votre analyse de la crise actuelle ? *Je ne veux pas me mêler de cette crise. La Fédération et le Ministère sont condamnés à travailler ensemble, à coopérer. L’union fait la force, dit-on, non ?
Si on parlait de votre implication pour relancer notre football ! *J’avais créé un club, mais il n’existe plus. Je m’étais fixé comme objectif de créer un centre de formation, mais je n’ai pas obtenu de soutien. On m’a associé à la création de l’Académie de football Jean-Jacques Ndomba de Ngania. Ce dont j’ai envie, c’est de transmettre ce que j’ai appris ou fait. J’ai de bonnes intentions. Ma porte est ouverte si l’on me demande mon avis.
Tenues de football
Conserves-tu encore à l’esprit des images fortes, ou des moments importants de ta carrière sportive ? *Bien évidemment. En 1972, au Cameroun, c’était ma toute première participation à une CAN. Je me souviens de l’accueil chaleureux qui nous avait été réservé au retour, par la population. Nous avions travaillé sérieusement pendant les stages de préparation et les matchs amicaux et, de surcroît, il régnait une superbe ambiance dans le groupe, ce qui peut expliquer en partie notre victorieux parcours. La même année, contre le Cameroun, j’ai fait se lever à Brazzaville le président Marien Ngouabi, ce qui m’avait valu de dîner avec lui et d’autres avantages. En 1973, mes prouesses m’ont permis de faire partie de la sélection d’Afrique aux Jeux Afro-latino-américains de Guadalajara, au Mexique. Une expérience enrichissante ! En 1974, on était passé tout près d’un second titre continental en Egypte.
Propos recueillis par Guy-Saturnin MAHOUNGOU

























































































































































































































































































































































































































































































