La putréfaction du système financier du Congo-Brazzaville, seul le pillage du pays intéresse le Clan.
Jean-Claude BERI
Au CONGO -BRAZZAVILLE, les sommes transférées par les dignitaires hors du pays ne cessent d’augmenter, à travers des possibilités toujours plus nombreuses leur permettant de s’enrichir sur le dos de la population par le pillage. Conséquence : le parasitisme du système SASSOU s’accroît. L’objectif de cet article est d’illustrer cette évolution, à travers une série d’exemples,
Les statistiques que nous utilisons sont celles que l’État rend publiques. Elles permettent de lever une partie du voile qui recouvre l’ampleur de l’exploitation et des moyens dont dispose cette bourgeoisie locale et fainéante pour récupérer une partie de ce qu’elle lâche en salaires. Les catégories utilisées pour établir ces statistiques reflètent cependant des préoccupations qui sont à l’opposé des nôtres. Cette bourgeoisie ne s’intéresse pas aux rapports de classe. Et pour cause, ils les jugent naturels comme ils jugent naturelle leur place à la direction de l’économie.
En conséquence, par exemple, les statisticiens utilisent la catégorie de « ménages », bien imprécise puisqu’elle inclut de la même façon le ménage des BOUYA, SASSOU, OU CLAUDIA et celui d’une famille populaire. Autre exemple : le terme d’investissements donne un reflet déformé de la réalité économique, car il inclut les rachats d’entreprises, les fusions-acquisitions, au même titre que les investissements dans de nouvelles productions.
On pourrait multiplier les exemples qui montrent que les statistiques publiques mises en place par ce gouvernement ne donnent qu’une vision déformée du soutien aux fortunes de la bourgeoisie et de l’ampleur de son parasitisme. Mais nous n’en avons pas d’autres et elles permettent malgré tout d’en avoir une idée. Il serait non seulement fastidieux mais même impossible de dresser un inventaire exhaustif de tous les pillages de cette bourgeoisie, tant le transfert des richesses est propre à quasiment toutes les décisions de l’État sont concernées.
L’État actuel du Congo est avant tout une organisation, de la classe dominante et prédatrice. Si, dans l’intérêt du développement social, il se charge de fonctions d’intérêt général, c’est uniquement parce que et seulement dans la mesure où ses intérêts et le développement social coïncident avec les intérêts de la classe dominante. Du fait de son caractère de classe sectaire, l’État SASSOU ne développe rien qui échappe complètement au système mis en place. Tous les économistes vous le diront.
Au travers de la fonction essentielle de l’appareil d’État, à savoir le maintien de l’ordre social, des sommes colossales sont reprises aux contribuables au profit des classes sélectionnés bien avant, non seulement pour des raisons politiques mais aussi économiques et le maintien de leur train de vie. Car, tout en remplissant un rôle politique indispensable pour la famille, dans sa lutte contre les travailleurs comme dans celle qui l’oppose aux autres intérêts nationaux, le budget militaire est une manne pour une fraction de cette classe.
L’entretien de forces de répression, d’une armée équipée en matériel militaire, forme un marché pour une fraction de ce clan et est parfois à l’origine de leurs fortunes. Devenir le fournisseur officiel des armées, l’exemple de du Colonel PEA est là, l’équiper en fusils hier, et aujourd’hui en matériels ultra sophistiqués tels que des commandes effectuées en Corre du Nord, en Turquie ou Azerbaïdjan, est une source de profit garantie par les ponctions faites sur l’ensemble de la population. Les budgets militaires de tous les pays n’ont cessé d’augmenter pour devenir le premier ou le deuxième budget, au détriment de tout ce qui peut être utile à la population. Les militaires de SASSOU en raffolent et se sucrent au passage en les rendant hyper riches.
Pratiquement, sur la base des impôts indirects, le militarisme remplit ces deux fonctions : en abaissant le niveau de vie de la population ouvrière, il assure d’une part l’entretien des organes de la domination sassouiste, l’armée permanente, et d’autre part il fournit au capital un champ d’accumulation privilégié.
Cependant ce sont l’ensemble des fonctions de l’appareil d’État qui sont un moyen pour cette bande de pillards de faire fructifier ses capitaux. Un secteur comme l’éducation répond à la nécessité de former de futurs travailleurs avec des connaissances de plus en plus pointues pour qu’ils soient exploitables et il constitue en même temps une source de profit au travers des fournitures scolaires, de l’enseignement privé, etc. pour quelques groupes claniques. La santé, elle, est un enjeu que les gouvernements successifs s’attachent à diviser en deux secteurs : l’un, privé, aux mains de groupes et l’autre, public, qui se charge des pathologies moins rentables. De façon plus directe, les clans se nourrissent des commandes de l’État et des collectivités publiques. Depuis le début de la crise, les gouvernements ont garanti les profits des groupes de BTP, en particulier avec des plans de relance qui leur assurent des contrats de grands travaux. L’entreprise de BOUYA n’a jamais connu de déficit, malgré les crises a répétition, pourquoi ?
Ce rôle de soutien des investissements du Clan existe naturellement depuis le début de son développement. Dès sa phase d’ascension, le Clan a développé ses affaires avec l’aide de l’État. Mais, avec l’extension du pouvoir de la bourgeoisie locale sur l’ensemble de la société Congolaise, cette mainmise est allée jusqu’à fusionner l’appareil d’État et la gestion de la cité clanique.
Au tournant du VI congrès du PCT , le Clan a atteint son « stade suprême : « La guerre pour le pillage systématique a considérablement accéléré et accentué le processus de transformation du capital congolais en capital assujettis a ‘État clanique MBOCHIS. » Nous soulignons par cette expression la tendance à la fusion du capital financier congolais avec l’appareil systémique du clan , qui subordonne celui-ci aux rois de la finance.
Le Clan toujours plus parasitaire
Le pillage des fonds publics se fait à une plus grande échelle encore au moyen de la dette publique. Celle-ci a commencé à prendre des proportions considérables dans les années 2022, plus de 2 000 milliards FCFA de dettes remboursés en 2024, un record en cinq ans. Malgré une baisse du taux d’endettement à 92,31 % du PIB, le Congo a enregistré un niveau de remboursement inédit, tiré par la dette intérieure.
Elles étaient multipliées quasiment par dix pour atteindre 55,5 milliards, soit 5,5 % des recettes de l’État. Dès les années 2000, il n’était même plus possible de rembourser cette dette : à chaque échéance des prêts, l’État empruntait à nouveau pour couvrir les précédents. Le Congo a enregistré une dette publique par rapport au PIB de 19,30 % du produit intérieur brut du pays en 2024. La dette publique par rapport au PIB au Congo a atteint en moyenne 63,25 % du PIB entre 2000 et 2024, atteignant un niveau record de 185,40 % du PIB en 2001 et un niveau historiquement bas de 19,30 % du PIB en 2018.
Le processus s’est accéléré en 2008 au travers du sauvetage des banques. Les États ont mis sur le marché des milliards en échange des actifs pourris qui remplissaient les coffres des banques. Au nom du fait qu’elles étaient « too big to fail », c’est-à-dire trop grosses pour que le système clanique puisse supporter leur faillite, les pouvoirs publics ont épongé les pertes des banques. Cela leur a assuré l’impunité totale : le grand regroupement financier ethnique peut faire ce qu’il veut, l’État lui portera secours tant qu’il le pourra. La crise de 2008 a provoqué celle des dettes souveraines du Congo, engendrant le rachat des dettes de certains africains les plus fragiles par la Banque africaine de développement.
C’est au travers de cette aide que le parasitisme de la bourgeoisie clanique apparaît de la façon la plus directe. La part de plus-value arrachée aux travailleurs dans le processus d’exploitation est accaparée et réintroduite dans la sphère financière. C’est un des aspects qui exprime la putréfaction du système SASSOU. L’accumulation est impossible dans un milieu exclusivement clanique. Car celui-ci a besoin de pouvoir s’étendre, de pénétrer de nouveaux marchés. À défaut, son évolution peut conduire à une impasse, au sens de devenir incapable de développer les forces productives. La financiarisation du système clanique reflète cette évolution avec un degré de parasitisme nettement supérieur à celui constaté aujourd’hui : l’étouffement de sa propre graisse. Le système a mis en place les germes de son propre étouffement.
Nous disons que les récentes déclarations du secrétaire général du trésor public entendu par les agents de la CID ne sont guère étonnantes pour ceux qui suivent l’actualité financière de Congo-Brazzaville. Le système sassou est mis à nu tout seul. Il est à la fois une méthode financièrement prédatrice pour prolonger le quota des pillages et le moyen le plus sûr et le plus rapide objectivement d’y mettre un terme par son éradication pure et simple. Le renversement de ce système pour l’avènement d’un système égalitaire et consensuel a pris du retard ; mais il reste la seule perspective porteuse d’avenir au Congo-Brazzaville. La putréfaction du système financier du Congo-Brazzaville, seul le pillage du pays intéresse le Clan. La tète a perdu tout honneur.
Avec l’indulgence des économistes qui trouvera à redire et plus car le vol étatique au Congo devient nauséabond. J’espère qu’ils trouveront ici un moyen de relayer objectivement cette tribune.
Jean-Claude BERI































































































































































































































































































































































































































































































