Commentaire des propos du président Denis Sassou Nguesso à la 80ᵉ Assemblée générale de l’ONU

Serge Armand Zanzala,

Et, si c’était un devoir, quelle note me donneriez-vous? Justifiez.

Sujet: “Les Nations Unies sont indispensables; mais à une condition: à savoir qu’elles sachent évoluer, qu’elle sachent se reformer”, Denis Sassou Nguesso

Introduction
Le 24 septembre 2025, à l’occasion de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies à New York, le président congolais Denis Sassou Nguesso a marqué son passage à la tribune par une déclaration forte : « Les Nations Unies sont indispensables ; mais à une condition : à savoir qu’elles sachent évoluer, qu’elles sachent se réformer. » Derrière cette formule concise se cache un diagnostic largement partagé : l’ONU, malgré son rôle central depuis 1945, traverse une crise de légitimité et d’efficacité.
Cette déclaration mérite attention car elle met en relief une tension profonde entre l’importance vitale de l’organisation dans la régulation des relations internationales et la perception croissante de son immobilisme. Le président congolais, fort de son expérience d’homme d’État ayant connu plusieurs générations de dirigeants africains et mondiaux, exprime une critique que de nombreux pays du Sud formulent depuis des décennies.
L’intervention de Sassou Nguesso ne s’inscrit pas dans une démarche isolée, mais dans un moment charnière où l’ordre mondial est secoué par la rivalité des grandes puissances, la montée en puissance des pays émergents et l’accumulation de crises globales (conflits armés, dérèglement climatique, migrations, pandémies, inégalités). Son propos nous invite à examiner à la fois l’importance de l’ONU, les limites de son fonctionnement actuel et les perspectives de réforme réclamées par de nombreux États.
Développement
1. L’ONU, une institution encore indispensable
Depuis sa création au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation des Nations Unies a incarné l’espoir d’un monde où le dialogue et la coopération remplaceraient les rapports de force brutaux. Certes, elle n’a pas empêché toutes les guerres ni éliminé les injustices, mais son action a souvent permis de limiter l’ampleur des conflits, de favoriser la diplomatie préventive et de coordonner des réponses humanitaires.
Pour les pays africains, en particulier, l’ONU représente un espace vital. Elle leur offre une tribune d’égalité formelle où la voix d’un petit État peut résonner au même titre que celle d’une grande puissance, du moins à l’Assemblée générale. Des résolutions importantes concernant l’apartheid, la décolonisation, ou plus récemment la lutte contre le changement climatique, ont été portées grâce au poids collectif des pays du Sud.
De plus, les agences spécialisées de l’ONU (OMS, FAO, UNESCO, PNUD, etc.) jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des États en matière de santé publique, d’éducation, d’alimentation et de développement durable. En ce sens, on comprend pourquoi Sassou Nguesso insiste sur le caractère « indispensable » de l’organisation. Elle reste, malgré ses limites, le cadre multilatéral le plus universel et le plus légitime.
2. Les limites d’un système figé depuis 1945
Cependant, le constat dressé par le président congolais reflète un malaise profond : l’ONU n’a pas suffisamment évolué depuis 80 ans. Le Conseil de sécurité, organe décisionnel majeur en matière de paix et de sécurité, conserve une structure datant de 1945, dominée par les cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Ces pays disposent du droit de veto, ce qui bloque souvent toute action collective face aux crises contemporaines.
Cette organisation ne correspond plus à la réalité du monde actuel. L’Afrique, avec ses 54 États membres et sa population en pleine croissance, reste exclue de la représentation permanente. L’Amérique latine et d’autres régions du monde connaissent le même sentiment de marginalisation. Le contraste est flagrant entre la centralité de ces continents dans les enjeux mondiaux (ressources, climat, migrations) et leur absence de voix décisive au Conseil de sécurité.
Le président congolais ne fait ainsi que traduire une revendication récurrente : la réforme des Nations Unies, notamment l’élargissement du Conseil de sécurité et l’adaptation des mécanismes de décision à un monde multipolaire. De multiples rapports et résolutions évoquent cette nécessité, mais l’immobilisme perdure, car les grandes puissances actuelles ne veulent pas céder leurs privilèges.
3. La voix de l’Afrique dans le débat sur la réforme
En soulignant la nécessité d’une ONU réformée, Sassou Nguesso s’inscrit dans la continuité des positions africaines. Depuis les années 1990, l’Union africaine, à travers le Consensus d’Ezulwini, réclame deux sièges permanents et cinq sièges non permanents supplémentaires pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Cette revendication repose sur un principe d’équité et de représentativité : comment justifier que le continent le plus jeune du monde, riche en ressources stratégique pour l’équilibre planétaire, soit absent des centres décisionnels ?
L’Afrique a souvent été un laboratoire des interventions onusiennes, que ce soit au travers des missions de maintien de la paix (MONUC en RDC, MINUSCA en Centrafrique, ONUCI en Côte d’Ivoire, etc.) ou des programmes de développement. Mais cette présence, bien que parfois utile, est aussi perçue comme paternaliste, puisque les Africains n’ont pas de place réelle dans la gouvernance mondiale de l’organisation.
Ainsi, les propos du président congolais résonnent comme une demande de cohérence : si l’ONU est appelée à intervenir en Afrique, elle doit aussi intégrer l’Afrique dans ses organes de décision.
4. Les enjeux contemporains de la réforme et l’exemple congolais
Au-delà de la représentativité, la réforme de l’ONU concerne aussi sa capacité d’action. Les crises actuelles montrent les limites d’un système paralysé par les rivalités entre grandes puissances. La guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine, les conflits persistants au Moyen-Orient ou en Afrique illustrent la difficulté de l’ONU à imposer des solutions efficaces.
Dans ce contexte, l’exemple du Congo est révélateur. Sous l’impulsion du président Sassou Nguesso, le pays a proposé la résolution instituant la Décennie de l’arbre, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette initiative traduit une vision concrète de la réforme attendue : une ONU capable d’intégrer les préoccupations environnementales et de placer la protection de la planète au cœur de son agenda. La forêt du Bassin du Congo, considérée comme le « deuxième poumon vert » du monde après l’Amazonie, est essentielle pour la régulation climatique mondiale. Par cette résolution, le Congo a démontré que même un État africain, souvent considéré comme périphérique dans les grandes décisions géopolitiques, peut contribuer à définir des priorités globales.
Ainsi, la Décennie de l’arbre illustre parfaitement le sens de la formule de Sassou Nguesso : l’ONU est indispensable, mais seulement si elle évolue pour répondre aux enjeux réels du XXIᵉ siècle, comme la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité.
5. Répondre aux défis mondiaux par une ONU rénovée
Les défis contemporains exigent une gouvernance collective renforcée :
le changement climatique, qui menace directement des pays comme le Congo par la déforestation et la vulnérabilité des populations, les pandémies mondiales, qui ont révélé la nécessité d’une coordination internationale plus rapide et plus équitable,
les inégalités économiques, qui alimentent les tensions sociales et les migrations massives, la cybersécurité et l’intelligence artificielle, nouveaux champs de confrontation mondiale.
Si l’ONU ne parvient pas à se réformer, elle risque de perdre sa pertinence, laissant place à des coalitions régionales, à des alliances militaires ou à des accords économiques fragmentés qui affaibliraient l’idée même de multilatéralisme.
Dans ce contexte, la voix de Sassou Nguesso traduit une inquiétude, mais aussi un appel à la responsabilité collective.
Conclusion
En déclarant que « Les Nations Unies sont indispensables ; mais à une condition : à savoir qu’elles sachent évoluer, qu’elles sachent se réformer », Denis Sassou Nguesso met le doigt sur une évidence que beaucoup redoutent d’affronter : l’ONU, sans adaptation, court le risque d’un déclin progressif. L’organisation restera légitime seulement si elle parvient à refléter le monde tel qu’il est, et non tel qu’il était en 1945.
Ce propos a une double portée : d’un côté, il rappelle aux grandes puissances leur devoir d’ouverture et de responsabilité ; de l’autre, il invite les pays africains et du Sud global à maintenir la pression collective pour une gouvernance mondiale plus équitable.
La Décennie de l’arbre, proposée par le Congo et adoptée par l’ONU, illustre qu’une réforme est possible lorsque l’organisation s’ouvre aux initiatives venant des pays en développement. Cette résolution concrétise l’idée d’une ONU qui évolue pour répondre aux urgences planétaires et donne un exemple tangible de l’apport africain au multilatéralisme.
L’Afrique, par sa démographie, ses ressources et son poids stratégique, ne peut plus être reléguée aux marges du système international. Si l’ONU se réforme pour inclure réellement tous les continents et porter des initiatives globales comme celle du Congo, elle pourra conserver son rôle unique de forum universel et de garant de la paix. Dans le cas contraire, elle risque d’être contournée et affaiblie, au détriment de la coopération internationale.
Les propos du président congolais résonnent ainsi comme une alerte et un espoir : alerte sur le danger d’un immobilisme fatal, espoir que l’ONU saura évoluer pour continuer à incarner l’idéal de solidarité et de justice entre les nations.
Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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