ELECTION PRESIDENTIELLE 2026: LE CONGO THÉÂTRE D’UNE ÉLECTION SANS ENJEUX
Par Laury K
« Je préfère le dire d’emblée, je n’ai aucun parti pris, mon parti c’est le Congo. Aujourd’hui, mes mots vont résonner forts, ils vont peut-être en heurter plusieurs, mais il s’agit de mon ressenti, en ma qualité d’observatrice de la vie publique et de lanceuse d’alerte, je décrypte la vie publique congolaise et je donne mon point de vue , il n’en déplaise à certains». Je nous invite à dialoguer dans la courtoisie et dans le respect des opinions des uns et des autres.
LE DÉCOR EST PLANTÉ : LA PARADE DE LA VICTOIRE AVANT L’HEURE
Alors que les lampions de la fête électorale s’allument à Brazzaville pour le scrutin du 15 mars 2026, un malaise profond s’empare de l’observatrice avertie que je suis. D’un côté, une machine de guerre électorale pléthorique (équipes de campagne massives, affichages omniprésents, moyens d’État mobilisés), déployée par le pouvoir en place ; de l’autre côté, un peuple qui contemple, impuissant, le gaspillage de ses ressources pour une pièce de théâtre dont le dénouement est écrit d’avance.
LA CAMPAGNE DE L’OPULENCE SUR UN LIT DE DETTES
Le contraste est saisissant, presque indécent. Le candidat Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis plus de 40 ans (cumulés), a mobilisé une armada de conseillers, de communicateurs et de mobilisateurs ( près d’une centaine de personnes au total et encore…). Cette “équipe pléthorique” ne reflète pas une ferveur populaire, mais une stratégie de saturation de l’espace public, financée par le contribuable.
L’utilisation des fonds publics pour financer cette parade est un secret de polichinelle. Le budget de l’État pour 2026 a été arrêté à plus de 2 600 milliards de FCFA. Pourtant, derrière ces chiffres ronflants se cache une réalité sociale sinistrée, chaque franc CFA qui sera dépensé dans ces affiches et ces meetings géants est un franc dérobé aux hôpitaux sans médicaments, aux fonctionnaires qui accumulent plusieurs mois d’arriérés de salaires et aux retraités sans pension.
Cette campagne est l’image même d’une femme qui veut absolument organiser un mariage dispendieux alors que son couple est couvert de dettes à la suite d’un achat immobilier qui a grévé le budget de la famille et les a mis sur la paille.
Comment justifier le faste d’une campagne sans adversaire alors que la dette publique culmine à plus de 8 500 milliards de FCFA, soit près de 90 % du PIB ?
Organiser un scrutin à l’issue certaine n’est plus un acte démocratique, c’est une hémorragie financière injustifiée pour un pays sous perfusion, où les arriérés de la dette intérieure étranglent les entreprises locales.
LE DÉSERT DES OPPOSITIONS: BOYCOTT OU ASPHYXIE?
Face à ce rouleau compresseur, les ténors de l’opposition ont choisi le retrait. Ce n’est pas une démission, mais un constat de décès de la compétition électorale. Le montant de la caution à 25 millions de FCFA a achevé d’exclure les voix discordantes, transformant l’élection en un club privé réservé à l’élite du pouvoir et aux opposants fantoches.
Sans adversaires de poids, le vote perd sa fonction de sanction. On ne choisit plus, on subit une formalité administrative destinée à rassurer les partenaires extérieurs.
L’OMBRE DE LA DGSP : LE VOTE SOUS LA MENACE
Le plus inquiétant reste le virage sécuritaire. Le général de brigade Serge Oboa, patron de la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP), ne se contente plus de protéger le palais. Son discours récent, teinté de menaces à peine voilées sous couvert de «préservation de l’ordre», rappelle aux Congolais que le pouvoir ne se gagne pas dans l’urne, mais se garde par le fusil.
L’enjeu n’est plus de convaincre, mais de contraindre. En tenant un discours ambigu où la «protection des institutions» se confond avec la menace directe contre toute voix dissidente, le patron de la garde prétorienne rappelle que le régime «ne tolérera aucun désordre». La sécurité, censée garantir la paix, devient ici l’outil d’une intimidation électorale qui vide les urnes de leur sens avant même le premier bulletin glissé.
En tant que patron de la sécurité, mais agissant de facto comme un acteur politique, Serge Oboa installe un climat de peur. Son langage ambigu, qui assimile toute contestation légitime à une «déstabilisation» signifie clairement que le résultat du 15 mars ne sera pas celui du peuple, mais celui de la force publique. On ne demande plus au peuple de voter, on le somme de se soumettre.
LA GUERRE DES CLANS: IL Y AURA T-IL UNE SUCCESSION AU BOUT DU FUSIL
Sous le vernis de l’unité du Parti Congolais du Travail (PCT), une guerre sourde fait rage. Ce scrutin n’est pas une fin, mais un positionnement pour “l’après-Sassou”. D’un côté, le clan des héritiers biologiques mené par Denis Christel Sassou Nguesso (dit Kiki), qui tente de polir son image internationale malgré les nombreuses affaires judiciaires. De l’autre, les gardiens du temple sécuritaire, le clan d’Alima, mené par l’inamovible Jean-Dominique Okemba (JDO) et aussi le clan des caciques du PCT sous la férule de Pierre Moussa.
Ces rivalités internes transforment l’appareil d’État en un champ de bataille pour la succession. Entre le fils ministre, le neveu securocrate, la vieille garde du parti, l’équilibre ne tient qu’à la survie politique du patriarche.
L’élection de 2026 n’est qu’une étape de ce bras de fer : chaque camp cherche à placer ses pions dans l’équipe de campagne pléthorique pour s’assurer une part du gâteau — ou le contrôle du Palais — le moment venu.
À QUOI BON? ( J’ai intitulé ma conclusion à quoi bon à dessein, à quoi bon ce simulacre d’élection, à quoi bon cette mascarade, le match est plié, iii wirrrrriiii eee comme disent les autres…)
Est-il utile de faire vivre aux Congolais ce simulacre ? L’opposition historique, en refusant de cautionner cette “mascarade”, a déjà donné la réponse.
Cette élection n’est pas faite pour le peuple ; elle est un coûteux ravalement de façade pour une légitimité expirée et un écran de fumée dissimulant une lutte de palais féroce.
Mais à force de confondre la paix avec le silence des cimetières et la démocratie avec une cérémonie budgétivore ou avec un investissement dynastique, le régime s’isole.
On ne nourrit pas un peuple avec des bulletins pré-remplis, et on ne stabilise pas un pays en laissant les clans se disputer les restes d’une économie en ruine.
Kaki
























































































































































































































































































































































































































































































































