Élections de mars 2026 : Asie Dominique de Marseille propose deux jours sans Internet

Élections de mars 2026 : Asie Dominique de Marseille propose deux jours sans Internet

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Serge Armand Zanzala

“S’il est facile de couper Internet, il est beaucoup plus difficile d’éteindre la mémoire, la dignité et la volonté d’un peuple.” (Serge Armand Zanzala)

Il fallait oser. Et Asie Dominique de Marseille a osé. Avec le sérieux solennel d’un médecin annonçant une opération à cœur ouvert, l’ancien membre du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication a proposé deux jours sans Internet pendant les élections. Deux jours de silence numérique, censés préserver la paix et sauver la démocratie congolaise d’elle-même. Une proposition grave, non parce qu’elle serait nouvelle, mais parce qu’elle confirme ce que tout le monde redoute déjà : la coupure d’Internet est devenue au Congo un réflexe électoral.

Quand l’éthique recommande de fermer la bouche

La gravité de cette sortie tient surtout à son auteur. Asie Dominique n’est ni un citoyen effrayé par WhatsApp ni un novice de la communication. Il fut journaliste et rapporteur de la commission administrative et juridique chargée de l’éthique et de la déontologie au Conseil Supérieur de la Liberté de Communication. Autrement dit, un ancien gardien de la liberté d’expression qui découvre soudain que l’Internet serait dangereux. Paradoxal non? Peut-être. Mais surtout révélateur d’une conception très sélective de l’éthique.

L’Internet, ce dangereux électeur clandestin

Car enfin, ce n’est pas l’outil qui pose problème, mais l’usage qu’on en fait. À moins de croire que les téléphones votent, que Facebook bourre les urnes et que Twitter proclame les résultats. D’ailleurs, une question simple s’impose : pourquoi tant de peur face à Internet, alors que l’ancien ministre de l’Économie, Gilbert Ondongo, avait lui-même rappelé que « les réseaux sociaux ne votent pas » ? Depuis quand le Wi-Fi s’est-il inscrit sur les listes électorales ? À quel moment les routeurs sont-ils devenus des opposants politiques ? Ne faudrait-il pas, dès lors, inviter le ministre Gilbert Ondongo et son compère Asie Dominique de Marseille à s’expliquer sur le vote des réseaux sociaux?

Un appel du regard plus qu’un appel à la raison

Les Congolais qui utilisent l’internet, que l’orateur a lui-même qualifiés — sans détour — d’« idiots », n’ont pas été dupes. Ils ont vite compris que cette sortie n’était ni une alerte citoyenne ni une réflexion démocratique, mais un appel du regard. Un message adressé au sommet de l’État : Moi aussi, je peux servir. Une tentative, pour un homme fraîchement admis à la retraite, de se rendre visible dans un paysage politique où l’attention présidentielle est une denrée rare. À moins qu’il ne s’agisse déjà d’un positionnement en vue d’un strapontin au Sénat.

Ewo, la transe et l’occasion manquée

Lors du séjour de Denis Sassou Nguesso à Ewo, Asie Dominique s’était pourtant illustré par une transe remarquable, presque mystique. Mais le président est reparti sans s’arrêter, sans remarquer l’effort. Cruelle réalité du pouvoir : même la ferveur la plus spectaculaire ne garantit pas d’être vu. Il fallait donc une autre scène, une autre tribune, un autre projecteur.

La télévision comme plan de rattrapage

Faute d’avoir brillé sur le terrain, Asie Dominique s’est offert une tribune télévisée. Là, face aux caméras, il a dénoncé le danger des réseaux sociaux et proposé sa solution miracle : couper Internet. Problème : rien ne garantit que Denis Sassou Nguesso, dont la tête, les oreilles et les yeux sont ailleurs, ait vu ou entendu cette intervention. La stratégie médiatique reste donc incertaine.

Conseils bibliques pour être enfin remarqué

À ce stade, une suggestion s’impose : faire comme Zachée. Monter sur un arbre au passage du président. Là, au moins, il y aurait une chance d’être vu. Et qui sait ? Peut-être même d’être invité à descendre, à partager un repas, voire à recevoir une mission. Au Congo, l’audace finit parfois par payer, surtout lorsqu’elle est bien orientée.

Une coupure annoncée, un scénario connu

Peuple congolais, ne nous trompons pas. Comme l’hirondelle annonce le printemps, Asie Dominique annonce la coupure d’Internet. Et soyons honnêtes : elle aura lieu. Comme à chaque élection. Avec les mêmes justifications, les mêmes discours et les mêmes promesses de retour rapide. Rien de nouveau sous le soleil d’Oyo.

Filmer, garder et publier après: la riposte citoyenne

Mais chers jeunes Congolais, inutile de paniquer. Filmez ce que vous pouvez filmer. Archivez ce que vous pouvez archiver. Gardez les images, les preuves, les témoignages. Publiez-les plus tard, lorsque l’Internet reviendra, repentant mais indispensable. Ces documents serviront. Toujours. Aujourd’hui, demain ou après-demain.

Ce qu’on ne peut pas couper

Face aux irrégularités, face à la fraude et à la confiscation du vote, chacun fera ce que lui dicte sa conscience. Car s’il est facile de couper Internet, il est beaucoup plus difficile d’éteindre la mémoire, la dignité et la volonté d’un peuple. Celles-là n’ont pas encore trouvé d’interrupteur. Et c’est sans doute cela qui inquiète le plus.

Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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