LU POUR VOUS

Il est des images qui parlent plus fort que les discours.
Des images qui, sans slogans ni déclarations, révèlent l’architecture réelle du pouvoir.
La photo récente du président de la République lors de la veillée d’armes à Brazzaville appartient à cette catégorie. À première vue, il s’agit d’un cérémonial militaire classique. Mais à y regarder de plus près, cette image raconte une vérité dérangeante sur l’état réel de l’armée congolaise — et sur la nature du pouvoir dans notre pays.
Le langage silencieux du pouvoir
Dans toutes les traditions républicaines, les cérémonies militaires obéissent à une grammaire précise.
Le placement des personnalités n’est jamais neutre. Il exprime une hiérarchie, une confiance, une chaîne de commandement.
Dans un État normal :
 • le chef de l’État est entouré immédiatement par
 • le ministre de la Défense,
 • le chef d’état-major général des armées.
Ce duo incarne l’équilibre fondamental :
le politique décide, le militaire exécute, l’État arbitre.
Or, sur cette photo, ce schéma est absent.
Une absence qui dit tout
Aux côtés immédiats du chef de l’État, on ne voit ni le ministre de la Défense, ni le chef d’état-major général.
On y voit en revanche :
 • le directeur de cabinet,
 • le chef de la DGSP,
 • le responsable de la garde républicaine.
Pendant ce temps, le chef d’état-major général — censé être le plus haut responsable militaire national après le président — est relégué en périphérie du dispositif.
Ce détail n’en est pas un.
Dans le monde militaire, être éloigné du centre, c’est être éloigné du pouvoir réel.
Ce que cette image confirme
Cette photo ne crée pas une réalité nouvelle.
Elle confirme visuellement une transformation profonde engagée depuis des décennies :
Le Congo ne fonctionne plus avec une armée nationale unifiée au cœur de l’État, mais avec un système militaire dual.
D’un côté :
 • une armée nationale institutionnelle, affaiblie, fragmentée, dépendante.
De l’autre :
 • une force présidentielle suréquipée, centralisée, directement loyale au chef de l’État : la DGSP.
La photo montre clairement laquelle de ces forces est aujourd’hui considérée comme stratégique.
Pourquoi cela concerne tous les citoyens
Certains diront : ce n’est qu’un protocole.
Mais le protocole est précisément l’endroit où le pouvoir se dévoile sans filtre.
Cette image a une implication majeure :
 • elle invalide l’idée selon laquelle l’armée nationale pourrait jouer un rôle d’arbitre en cas de crise politique ou électorale ;
 • elle montre que la force décisive est déjà identifiée, positionnée et loyale à une seule logique : celle du pouvoir présidentiel.
Parler d’un « recours à l’armée » pour protéger la souveraineté populaire devient alors une illusion dangereuse.
À quelle armée s’adresse-t-on réellement ?
Une armée détournée de sa mission
Le problème n’est pas moral.
Il est structurel.
Quand la force la plus équipée et la plus proche du chef de l’État :
 • échappe au contrôle parlementaire effectif,
 • obéit à une logique personnelle plutôt qu’institutionnelle,
 • se substitue progressivement aux missions normales de l’armée et de la police,
alors l’armée cesse d’être un pilier républicain.
Elle devient un outil de gestion du pouvoir.
Regarder la réalité pour éviter les impasses
Cette photo nous oblige à une honnêteté collective.
Le problème congolais n’est pas de savoir si l’armée interviendra un jour pour sauver la démocratie.
Le vrai problème est que l’armée a été politiquement marginalisée au profit d’un appareil armé personnalisé.
Tant que cette réalité ne sera pas nommée :
 • les appels à un arbitrage militaire resteront illusoires,
 • les citoyens nourriront des attentes irréalistes,
 • et les crises politiques continueront d’être verrouillées à l’avance.
Cette photo n’est pas un scandale en soi.
Elle est un révélateur.
Elle montre que la question centrale n’est plus :
L’armée peut-elle garantir la démocratie ?
Mais bien :
Comment reconstruire un État lorsque la force armée a été confisquée par un système de loyautés personnelles ?
Tant que cette question restera évitée, le débat politique congolais tournera en rond — pendant que le pouvoir, lui, restera solidement armé.
LA FAUCHEUSE.

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