Lettre ouverte au Président Denis Sassou Nguesso : le sang du passé et la vigilance de la diaspora

Serge Armand Zanzala
Monsieur le Président,
Alors que les Congolais n’ont pas encore retiré le deuil, que le procès des disparitions n’a pas encore eu lieu, que les familles des victimes n’ont pas encore été indemnisées, et que les larmes à peine séchées, nous nous voyons dans l’obligation de vous adresser cette lettre pour évoquer l’affaire des disparus du Beach, l’un des épisodes les plus sombres et les plus emblématiques de l’histoire contemporaine du Congo.
C’est avec stupeur et horreur que nous avons pris connaissance des déclarations de votre conseiller politique, Rodrigue Malanda-Samba, qui, lors de sa mission à Paris, a lancé un appel au retour des Congolais de la diaspora au pays, tout en s’engageant à assurer leur sécurité — alors qu’il n’est ni Directeur général de la Police nationale ni de la Gendarmerie nationale.
Ces paroles résonnent aujourd’hui comme une provocation morale et historique, tant elles rappellent un précédent tragique : le retour forcé ou encouragé de compatriotes exilés, qui s’était soldé par des disparitions mystérieuses et non élucidées jusqu’à ce jour.
Nous tenons à souligner que promettre la sécurité à ceux qui rentrent chez eux, alors que le pays n’a pas encore résolu ses graves problèmes de sécurité interne, revient à jouer avec la vie de vos compatriotes.
Cela constitue une irresponsabilité politique majeure. S’engager ainsi, Monsieur le Président, c’est reconnaître, par avance, l’existence de dangers sérieux, persistants et létaux, qu’il faudrait résoudre entièrement avant de pouvoir envisager un retour en toute sécurité.
Malheureusement, les Congolais se rappellent bien du précédent appel lancé par votre gouvernement aux compatriotes qui avaient fui la guerre de 1997 et s’étaient exilés en RDC.
Ceux qui avaient répondu à cet appel ont été portés disparus, et jusqu’à ce jour, aucune lumière n’a été faite sur ces tragédies.
Le silence de l’État, l’absence de justice et de vérité, ont transformé ce drame en une cicatrice morale et historique qui continue de saigner dans le cœur de vos compatriotes.
Monsieur le Président,
Nous vous rappelons cette histoire lugubre pour que vous mesuriez la gravité de vos actes et de vos paroles.
Les Congolais de la diaspora, cette fois-ci, seront prudents, et ne tomberont pas dans un piège semblable.
Votre pouvoir, hélas, tourne au sang, de la même manière qu’un moteur fonctionne à l’essence ou au gazole.
Depuis l’indépendance, aucun régime n’a versé autant de sang que le vôtre, et le Congo porte encore aujourd’hui le fardeau de ces violences répétées.
Nous vous rappelons, avec la plus grande solennité, que la vie humaine est sacrée et ne peut être subordonnée à des calculs politiques, ni à la soif de contrôle ou de pouvoir.
Chaque Congolais disparu, chaque famille brisée, chaque larme versée, constitue un acte que l’histoire n’oubliera jamais et pour lequel votre régime restera comptable.
Les crimes politiques et économiques de votre pouvoir ont laissé une empreinte indélébile sur le pays et sur l’esprit des Congolais.
Monsieur le Président,
Cette lettre n’est pas un simple avertissement : elle est un rappel judiciaire et moral.
Les Congolais de la diaspora n’oublieront ni le sang versé, ni les promesses trahies, ni les appels qui se sont transformés en pièges mortels.
Nous attendons des actes tangibles de justice, de vérité et de sécurité avant d’envisager toute initiative de retour.
Toute tentative de reproduire les erreurs du passé sera perçue non seulement comme un manquement grave à votre devoir moral et politique, mais également comme une provocation directe envers le peuple et la diaspora congolaise.
En conclusion, Monsieur le Président,
La mémoire des disparus du Beach et de toutes les victimes de votre régime est vivante.
Les Congolais, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, observent, évaluent et jugent chacun de vos gestes.
La responsabilité de votre pouvoir ne se mesure pas seulement en termes de gouvernance, mais en termes de vies préservées ou perdues.
Nous vous exhortons à prendre conscience de ce lourd héritage et à agir avec prudence, justice et humanité, car l’histoire, elle, ne vous pardonnera pas.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de notre vigoureuse vigilance et de notre détermination à protéger nos compatriotes, en rappelant à votre pouvoir que le sang humain, notamment celui des Congolais, ne peut être utilisé comme carburant pour le pouvoir.
Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika


































































































































































































































































































































































































































































































