Congo : les non-dits sur l’appareil sécuritaire

Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Janvier 1997, les tensions au sein de l’appareil sécuritaire et financier ouvrent la voie de la présidence à M. Sassou qui a infiltré le cœur du pouvoir de Lissouba et le Q.G de Kolelas
Après la célébration du triomphe de Lissouba par les Tékés venus du Gabon, de la RDC et de toute la République, à l’immeuble d’hydro-Congo en 1992, plus d’une personne croyait que le pouvoir était acquis pour au minimum un siècle pour le grand groupe ethnique réputé « Ngantsié ». Il faut dire que le nom Lissouba est la déformation de « Bwete Dissumba» rituel suprême de la connaissance et d’intermédiation entre Dieu et les hommes chez les Nzabi, composante du grand groupe appelé Batéké. Cette célébration d’orgueil sera la première erreur monumentale ! En effet, les crispations sérieuses commencent avec l’éjection du général Emmanuel Ngouolondélé, pourtant nommé Chef d’état-major particulier du Président de la république, qui est accusé de renseigner son ancien patron Sassou avec qui il est lié par une double alliance (Mariages Ninèle-Hughes et Michelle-Edgard). Ce dernier se voit obligé de démissionner : c’est l’euphorie dans la bande des quatre (Martin Mnéri, Christophe Moukoueké, Ernest Moungounga-Nkomb Nguilaet Victor Tamba-Tamba). Ladite bande et Claudia Munari mettent en minorité Lissouba sans savoir que les fissures créées avec la République sont déjà devenues quasi-irréversibles. Comment peut-on avoir gagné dans les urnes et s’avérer incapable d’appliquer les règles démocratiques ? Les clivages et mécontentements surgissent de tout bord. En dépit des assurances données par Omar Bongo Ondimba quant à Lissouba, ce dernier va engager un bras de fer contre les intérêts français en bradant le pétrole à l’Occidental Oil and Gas (OXY) à trois (3) dollars le baril. Pour Chirac lui-même confronté à une contestation énorme (grèves de 1995), c’est le signe définitif du balayage nécessaire et rapide de ce régime. Il active ses réseaux parisiens et gabonais qui vont préparer Sassou et entraîner Lissouba dans une guerre qu’il aurait pu gagner s’il n’avait commis la faute d’intégrer Jonas Savimbi dans les affaires congolaises ostensiblement avec le défilé du 15 août 1996 à Pointe-Noire.
M. Sassou est en réalité un rescapé qui revient aux affaires contre toute attente. L’engagement personnel de Jacques Chirac, entrainant à sa suite Omar Bongo et son épouse Edith Lucie, des hommes de « droit de l’homme » comme Martin Mbemba, Masdengo Tiassé, d’église ( monseigneur Gabriel Ondonda infiltré chez Kolelas bombardé plus tard, D.D ) et autres qui vont tous prendre armes, faits et cause pour la victoire de Sassou. Le CEMG d’alors, le Général Daniel Mabika tiendra une réunion « secrète » le dimanche 1er juin à son domicile à l’OCH Hôpital Général. Il sait que le dispositif d’attaque est en place et annonce son refus d’engager le commandement des troupes régulières. Ce sont les superviseurs miliciens cocoyes qui décident de relever le défi. Parmi eux, un certain Pierre Mabiala, vindicatif comme à son habitude, et qui encouragera toutes les exactions commises contre les habitants non ethniquement conformes de l’OCH et du centre ville de Brazzaville connus pour leurs caractères très fortement cosmopolite. Plusieurs jeunes femmes françaises métisses portent dans leur chair ces assauts de violence jusqu’à nos jours…
Lorsque la fin de la guerre intervient, le coup d’état prévu pour une semaine a dégénéré en guerre civile de quatre (4) mois. Il a vu intervenir des armées et milices du Gabon, Tchad, Angola et RDC…
Les violences sont inouïes, filmées et diffusées partout. M. Sassou se retrouve le 15 octobre devant plusieurs personnes et institutions qu’il doit récompenser et apaiser, particulièrement dans les services de sécurité. Ainsi, il procède à quasiment toutes les nominations le même 24 décembre 1997 en guise de Noël : le colonel Norbert Datsé, directeur général de la Surveillance du territoire (décret nᵒ 97-36) ; Le général Norbert Dabira Inspecteur général des FAC (décret nᵒ 97-22), le Colonel Ndengué Jean-François DG de la Police Nationale (décret nᵒ 97-35), le Colonel Marcel Ntsourou, Directeur Central du Renseignement Militaire (décret nᵒ 97-25), le colonel Gilbert Mokoki Commandant de l’armée de terre (décret nᵒ 97-23), le capitaine de vaisseau Fulbert Ongobo Commandant de la marine (décret nᵒ 97-24), le lieutenant-colonel Blaise Adoua Commandant de la Garde Républicaine (décret nᵒ 97-30), le capitaine de vaisseau Hilaire Moko DG de Sécurité Présidentielle (décret nᵒ 97-32), le lieutenant-colonel Albert Dimi Directeur de la Police de l’air et des frontières (décret nᵒ 97-37), les colonels suivants comme commandants de zone Léonard Essongo (Brazzaville), Charles Richard Mondjo (Z1), André Bougouendé (Z2), René Boukaka (Z3), Sylvain Kibamba (Z4), Guy-Blanchard Okoyo (Z5), Norbert Mvoula (Z6) tous du decrét n°97-41 du 24 décembre 1997, etc.
Bien que la guerre soit terminée, celle du positionnement va faire beaucoup des victimes par empoisonnement et par des fusillades : le colonel Etienne Ngoma ; le colonel Jean-Joseph Malonda, cerveau bleu assassiné à Gaboma,Luc Miono spécialiste des synthèses avec pour adjoint Philippe OBARA assassiné à Ouenze pendant qu’il sortait de la voiture de Ndengué ; Ces nominations seront très loin de calmer les tensions et vont bien au contraire exacerber les rivalités en raison des divergences d’appareillage idéologique et politique. C’est donc la cacophonie qui s’installe. Tout le monde veulent commander. La mort de Henri Roger Camille OKO, le 25 janvier 1999, attribuée à tort ou à raison à Pierre Oba qui vengeait son fils Cédric Oba qui serait tué sur une affaire de butin pillé. Le décès de Camille Oko signe la rupture définitive des équilibres internes des services de sécurité. Plusieurs écuries y compris ceux des enfants vont désormais s’affronter au grand jour, en raison des moyens colossaux qu’elles ont accumulés. On les qualifie souvent « d’axes » en raison des logiques de regroupements claniques et lignagers qui les caractérisent.
Prélude d’y revenir le mercredi 28 août, je voudrais rendre un grand hommage aux deux franco-congolaises de Boundji que Pierre Mabiala et ses cocoyes ont bousillé.
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
































































































































































































































































































































































































































































































