Congo : le militarisme ethnique et la monarchisation lignagère au grand jour

Ghys Fortuné DOMBE BEMBA
 Face à la crise systémique, le régime de M. Sassou accuse des faiblesses. De quoi faire vaciller l’illusion* *d’un pouvoir verrouillé par la force militaire, l’ethnicisme et une rente pétrolière captée au profit d’un lignage* *désormais sacralisé. 
Depuis 40 ans, M. Sassou règne sur le Congo en s’appuyant sur un verrouillage sécuritaire, fondé sur une fidélité ethno-régionale qui constitue la matrice de son pouvoir. La Garde républicaine (GR) la Centrale d’Intelligence et de Documentation (CID), la Direction de la Documentation (DD), la Direction centrale de renseignements militaires (DCRM), le Conseil national de sécurité (CNS), les Renseignements généraux de la police nationale (RGPN), les unités mobiles, etc., sont confiées à des officiers originaires du nord, principalement de la Cuvette et d’une partie des plateaux (fief mbochi). Ce choix découle d’une stratégie de s’en remettre à des réseaux lignagers et territoriaux pour garantir une loyauté qui dépasse de loin la pure discipline militaire. M. Sassou a également multiplié les structures de sécurité parallèles, créant des chevauchements et des doublons entre services pour éviter qu’un commandement unique ne puisse constituer un contre-pouvoir. Cette fragmentation contrôlée s’inspire des logiques segmentaires décrites par les politistes Bayart et Médard qui montrent comment « la multiplication des centres de force empêche toute consolidation dangereuse ».
Ce verrouillage permet d’étouffer toute contestation, fonctionne comme une digue qui contient à la fois les ambitions militaires et les frictions interrégionales. Pourtant, les failles et les mauvaises fiches des zélés se multiplient au point d’interpeller et tuer des congolais.
Les cas de : l’avocat Bob KABEN, Lassy Mbouty, etc., interpellé ; limoger ou procéder à des mutations sanctions des officiers supérieurs. Le devoir de fidélité quand un « pays riche » vous propose tous les avantages (nationalité, scolarité des enfants, domicile, vie tranquille, soins et santé, etc.) s’évanouit comme la fumée. Parmi tous les officiers formés entre 2000 et 2020 en France y compris les membres de la famille utérine, nombreux retournent leurs vestes et attendent le signal pour passer à l’action : la crispation règne. Mais que peut leur proposer le pouvoir en échange, sinon la mort ?
 *Entre intimidations, enlèvements et tueries*
On ne doit cesser de parler des souffrances et des violations des droits en raison des multiples effets qu’elles provoquent. Car, selon la maxime du Duc de La Rochefoucauld : « Il n’est jamais plus difficile de bien parler lorsqu’on ne parle de peur de se taire ».
Combien sont-elles, ces personnes qui subissent la souffrance à cause de l’intolérance politique, de l’injustice sociale ou encore de leur état d’extrême pauvreté ? Il est certes vrai que Donald Trump, qui ne veut plus de M. Sassou, a indexé son régime pour soutien au terrorisme économique et autres, surtout qu’il accusait hier Ntumi qui se pavane avec sa milice.
Le régime de Brazzaville est une ” democrature “, tueur silencieux et brutal. En effet, sous l’apparence d’une démocratie, le régime fonctionne en réalité comme une dictature. Il a une architecture juridique hiérarchisée au sommet de laquelle il y a une constitution où la protection des droits de l’homme figure en bonne place dans le préambule, où la séparation des pouvoirs est reconnue. Des élections sont organisées régulièrement, la liberté d’expression, d’association, etc., est garantie dans les textes. Mais il manipule ces institutions afin de conserver le pouvoir, au besoin par l’utilisation de la violence la plus extrême. L’une des violations parmi tant d’autres est celle opérée sur l’avocat Bob KABEN en date du 8 juin 2025. Comment croire que le patron de la CID, soi-disant magistrat, ignore l’article 53 de la loi sur la profession d’avocat, qui stipule qu’un avocat ne peut être interpellé en l’absence du bâtonnier ou du procureur général ? Loin de stigmatiser la tribu Mbochi, il sied de dire que toutes les décisions stratégiques de la nation se prennent autour du clan et de l’ethnie, à l’abri des regards et des oreilles des autres groupes sociaux considérés comme une menace.
Conséquence : le Congo recule sur toute la ligne car, les cadres sont positionnés à des postes de responsabilité sur les bases claniques et non sur les mérites.
Ghys Fortuné DOMBE BEMBA

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