Congo : lutte clanique de succession, guerre de tranchées, imbroglio électoral sur fond de mécontentements et de remous sociaux

 

 

 

 

 

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

 

La République du Congo est secouée par des rivalités internes féroces au sein du* *pouvoir, alors que la course à la succession de Denis Sassou Nguesso s’intensifie à la veille de la présidentielle 2026.*  *Plusieurs “axes” s’affrontent, affaiblis par des purges et des scandales, dans un* *climat de tension palpable où les populations paient le plus lourd tribut.*

L’éclatement des axes de pouvoir n’est plus à cacher. L’axe Ondébé-Obouya, piloté par Jean-Dominique Okemba et Ndenguet, s’effrite sous les coups de boutoir du président lui-même, qui semble promouvoir l’ascension de Denis Christel Sassou Nguesso.

A l’opposé, l’axe Ollombo-Gamboma  porté par Oba Pierre, Bruno Jean Richard Itoua (BJRI), Pierre Ngolo, Oba Apounou et Hugues Ngouélondélé houspillé publiquement par Auguste Iloki mais il domine actuellement les Mayolas et Cie (affaiblis par des affaires de détournements de fonds qui les ont conduit à la Cour criminelle avec risque d’emprisonnement). Hugues tente de prendre de l’étoffe. Son clan s’affirme avec un récent rassemblement des natifs de Gamboma le 25 février, boosté par la visibilité d’un récent colloque international sur Mgr Benoît Gassongo, organisé pour propulser subtilement le candidat Sassou.

Ces luttes claniques déstabilisent l’appareil économique pillé dès 2016 par des figures comme Jean Jacques Bouya (JJB), BJRI, Gilbert Ondongo et Firmin Ayessa, alors directeur de cabinet de M. Sassou. Les entreprises d’État – SNE (devenue E2C), SNDE (LCDE) et CFCO – ont été démantelées sans audit exhaustif, en dépit des recommandations du FMI et de la Banque mondiale consignées dans leur rapport de mai 2018 sur la gouvernance des entreprises publiques. Seule Congo-Télécom a été audité et épargné au sort, pour l’instant.

Isolement de Sassou et guerre de tranchées

Le tarissement des leaders alternatifs dans le sud et l’émiettement des forces dans le nord isolent M. Sassou plus que jamais, rappelant les crises de 1977 (mort de Marien Ngouabi) ou 1997 (guerre civile). L’abstention massive guette les urnes, malgré les mobilisations d’Elvis Digne Okombi Tsalissan pour rassurer les Occidentaux de la popularité de M. Sassou. A cela s’ajoutent des frustrations et des divisions entre responsables de campagne et parlementaires sur les fonds qui leurs sont alloués : « certains sont bien servis par Joujou Sassou, d’autres n’ont que des miettes ».

En même temps, le PCT et les partisans d’Elvis Okombi Tsalissan se livrent une véritable guerre de tranchées dans les coulisses de la campagne présidentielle, avec des accusations mutuelles de sabotage et de manipulation. Cette escalade interne menace de fracturer l’ensemble de la coalition, tandis que les militants sur le terrain peinent à maintenir le cap. Parallèlement, les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire, amplifiant les tensions et exposant au grand jour les dysfonctionnements au sein de la majorité au pouvoir.

La réorganisation du secteur pétrole et gaz par BJRI et JJB, dont la gestion in extremis confiée à Raoul Ominga qui montre des failles mais soutenu par Françoise Joly, resserre l’étau sur Sassou et son fils perçu comme fragile et mal entouré.

Le puzzle d’un drame shakespearien est en place : chacun choisit son camp, gérant les apparences d’un pouvoir dont la réalité explosive échappe à tout contrôle.

Au gouvernement, Christian Yoka stagne : les figures comme Ludovic Ngatsé, Eboucka Babackas, Nyck Fylla, Alphonse N’Silou, Pierre Mabiala, Rigobert Maboundou, etc., perdent en popularité face à un exécutif jugé incompétent par la population qui réclame le changement radical de ce gouvernement. Mais il est à craindre que l’accord du pouvoir initié par N’Silou ( peur de quitter le gouvernement après 23 ans) entre partis de la majorité risque de figer le statu quo, contraignant M. Sassou à maintenir son gouvernement actuel.

L’administration et les autres secteurs de la vie sociale ne sont pas en marge des remous. 23 magistrats de la Cour des Comptes et de discipline budgétaire ont refusé de percevoir leurs indemnités sous prétexte que le budget de la CCDB a été vu à la hausse. Ils exigent auprès de la gestionnaire une augmentation de leurs indemnités de trois cents mille à un million de fcfa en dehors de leurs salaires, tandis que les enseignants communautaires, les personnels des hôpitaux, les retraités avec 50 mois d’arriérés, les agents des mairies, continuent de broyer du noir. Quelle responsabilité!  Il est certain qu’avec les exigences de ces magistrats, les recrues de la nouvelle formule code 104 d’Aimé Bininga qui sont en route, donneront du fil à retordre à son successeur d’Aimé Bininga pour le paiement de leurs émoluments. Lesdits magistrats qui ignorent les textes, seraient poussé par la chancellerie et Cie pour  créer le désordre à 48h00 des élections.

Appel aux hommes de foi : sortez de la passivité

Face à ce drame Shakespearien, un appel aux leaders religieux : sortez de votre passivité pour proposer une alternative et un renouveau politique lucide plutôt que de se figer dans une posture de spectateurs et regarder le pays se déliter, ils devraient forger une stratégie autonome et promouvoir les leurs pour apporter un nouvel éclairage qui pourrait permettre de sauver le Congo. Dans tous les cas, un aggiornamento politique lucide s’impose pour sortir de l’impasse.

 

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

 

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