• 14 avril 2010 -14 avril 2026. 

    D’ici  là, 16 ans  vont passer.

          Le Mninistre  Moungounga Kombo Nguila 

          Est invisible. Mais son image est présente.

     

 

  • Par    OUABARI MARIOTTI

               Ministre congolais  de l’Economie  et des Finances,  sous le Président  Pascal Lissouba,  M. Moungounga Kombo Nguila  s’est éteint,  il y a 16 années. King George, je l’appelais,  de façon amicale  et bienveillante. Sorte  d’anagramme  que je lui ai appliquée,  sans son accord, en raison de son  envergure politique dont je reconnaissais les qualités.
             Moungounga Kombo Nguila, un nom qui ne s’efface  pas de la mémoire d’un  grand nombre  de  Congolais et qui  continue de résonner dans l’histoire politique de la République du Congo, depuis les  années  68-69, jusqu’à  ce jour. Bon républicain,  attaché à  sa patrie,  féru  de la politique, il  s’en  est allé, un matin du 14 avril 2010, au Centre Hospitalier de  Villiers Le  Bel, en région parisienne.
             Deux jours  auparavant, j’avais rendu visite au Ministre à son lieu d’hospitalisation.  Il s’endormait dans son lit  médicalisé,  Mme Moungounga, mon Asso,  et une proche du Ministre,  assises  sur un canapet,  veillant  sur le Ministre.
           M. Moungounga Kombo Nguila, étudiant  dans  un  Institut  de Commerce, en France,  aux côtés  de son  ami Justin  Itihi  Ossetoumba Lekoundzou,  il baigne  dans des idées de gauche  qui  forgeront  l’homme qu’il allait devenir. De  retour  dans son pays,  agent de l’Etat  au Ministère  du Commerce, il  s’engage avec fougue au sein du Parti Congolais du Travail (PCT). Mais, rapidement, il se sent à l’étroit dans ce cadre. Il rejoint alors les rangs de l’UPADS, dont il est l’un des personnages clés et contribue, de manière décisive, à la victoire de  M. Pascal Lissouba à l’élection présidentielle d’août 1992,  au lendemain de la Conférence Nationale.
             Du mandat  du Président  Pascal Lissouba,  à  la tête  de la  République du Congo,  M. Moungounga  Kombo  Nguila  siège au Gouvernement. D’abord,  comme Ministre  du Commerce.  Ensuite,  en  qualité  de  Ministre  des Finances  et de l’Economie.  Mais le destin en décide autrement,  mettant fin  à  son expérience  ministerielle,  après cinq  ans  d’exercice. Les violences du 5 juin 1997 à Brazzaville  le poussent  vers  l’exil, un chemin semé d’embûches à travers la République Démocratique du Congo, pour  s’établir  en  France jusqu’à  la mort.
             De sa posture  d’exilé, malgré  les contraintes de son statut et  la  dureté  des temps,  le Ministre  Moungounga Kombo Nguila garde intacte sa dignité et son humanité.  En dernières volontés, le Ministre Moungounga Kombo Nguila   choisit  de reposer au Cimetière de Fosses, en  Ile de France,  mais son souvenir reste vivace,  au Congo. Illustre figure,  il laisse  derrière  lui une veuve et des enfants  qui gardent précieusement sa mémoire. Rentré dans l’histoire de la République du Congo,  son parcours continue d’inspirer ceux qui croient en la politique et en l’engagement sincère  de ses acteurs.
            Pour ne parler  que  du Président Pascal Lissouba  et  du  Ministre  Moungounga  Kombo Nguila,  leurs disparitions en exil,  en territoire étranger, suivies de leur mise en terre, aussi à  l’extérieur du Congo,  sont des supports de réflexion  de taille sur l’histoire  politique du Congo et  à propos des  blessures,  nées  de cette  histoire,  qui n’ont pas encore été pansées, faute  de volonté politique  des autorités congolaises.
            Au décès, le 17 février 2026, à  Istanbul, en Turquie,  du Ministre d’Etat, Ministre  de  la Fonction Publique  et de la Sécurité Socale  de la République du Congo,  M. Firmin Ayessa,  j’avais  saisi l’occasion  de l’hommage écrit,  en  mémoire  de l’illustre disparu que j’avais publié,   pour lancer aux  dirigeants congolais un appel   visant à  faire respecter  les valeurs  fondamentales  de l’administration publique  de leur pays.  Des valeurs qui  reposent sur  la  réelle application  des textes  en vigueur,  l’intégrité, la loyauté, la compétence  et l’impartialité.  Cela, en parallèle  à  la modernisation  de cette administration.
             Pour la  seizième année  de la mort du Ministre Moungounga Kombo Nguila, je  m’autorise de  revenir, toujours avec humilité,  sur la question  lancinante  de la réconciliation  nationale en République du Congo.
            En effet, même  au  delà  de l’élection  présidentielle congolaise des 12 et 15  mars 2026  gagnée  par  le Président Denis Sassou Nguesso, suivie  de la prestation  de serment  de celui ci,  le  16 avril 2026,  au Stade de la Concorde  de Kintélé,  les Congolais  ne  peuvent  pas  cracher  sur une concertation  nationale. Pourvu  que celle ci  soit véritablement  sincère et inclusive, au nom de l’intérêt supérieur de leur Nation.  Cette concertation  serait  un premier pas vers  le  règlement  définitif  de deux   situations nationales  qui  traînennt à  trouver une solution adéquate.   D’une  part,  la guérison  des  blessures qui  ont jusqu’ici saigné le Congo . De l’autre, enfin,  tenir  les assises  de  la réconciliation nationale  qui  attend toujours d’être  l’affaire  de toute la  nation.
             On ne le dira jamais  assez,  une  réconciliation  qui devra être l’espace où les Congolais pourraient partager leurs expériences, leurs douleurs et leurs espoirs, sans crainte de représailles ou de jugement. Ce  qui pourrait aider à comprendre les racines des conflits passés et à trouver des voies pour avancer ensemble. Pour s’y faire,  y inclure toutes les parties prenantes  constituées des  dirigeants  en  poste et les anciens,  les acteurs politiques  indépendants, la société civile, les victimes des conflits et les communautés affectées. Et ce serait  l’occasion  de la remise en liberté  des Ministres Benoît Koukebene, André Okombi Salissa  et  du Général Jean Marie Michel Mokoko. Ce qui pourrait  aider à faire la lumière sur les zones d’ombre de l’histoire et à promouvoir la justice et la paix durable dans le pays.
            Enfin, il est crucial de requalifier  l’éducation civique  dans les collèges pour que les jeunes, davantage  sensibilisés sur leurs  devoirs citoyens,   comprennent mieux  l’histoire de leur pays et les dangers de la violence et de la division.
           Ces lignes ainsi écrites ne sont, ni plus ni moins,  qu’un  appel à la responsabilité et au courage politique des acteurs politiques congolais.  Les autorités  actuelles,  en place à  Brazzaville, ont là,  une circonstance  unique de se hisser au-dessus des intérêts partisans et de prendre des décisions qui bénéficieront à l’ensemble du peuple congolais.  A ces autorités  de se faire violence en acceptant  de sortir de  leur  zone de confort et de faire des choix  plus empreints de solidarité républicaine et  pour le bien commun.
           Aux  dirigeants  congolais de  reconnaitre  que la  réconciliation  nationale, la répartition  équitable  des richesses  du pays, l’extinction  de la grogne qui couve dans les  villes  sont  des   facteurs  déterminants  de la  paix  durable dans le pays. Non  prises  en compte dans le développement  du Congo,   ce sont des éléments majeurs qui peuvent  réduire  la nation  congolaise à  néant.
           A ces  autorités  de comprendre, en  dernier ressort, qu’en dépit  de  ce qu’elles pourraient penser  en  matière  de réalisation, au cours  de leurs  mandats,  leur héritage sera   surtout jugé sur leur capacité à panser les plaies, aussi bien du  passé   que du   présent et à construire un avenir  plus  juste et   lumineux   qui  profiterait  à   tous les  Congolais.
            Paris 11 avril  2026
               Ouabari Mariotti
    Ancien Ministre de la Justice
       République du Congo

 

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