Collectif des signataires de la Lettre ouverte République du Congo
au PR du 2 juillet 2025 Unité*Travail*Progrès
1333, rue Mouleké bis Ouenzé
Brazzaville
Colloque national de l’opposition congolaise de l’Intérieur et de la Diaspora
Discours d’ouverture du Colloque national de l’opposition congolaise
Brazzaville, 12,13, 14 décembre 2025
Mesdames et messieurs les responsables, les cadres, les militants et les sympathisants des Forces politiques et sociables congolaises qui œuvrent réellement pour une alternance démocratique et pacifique au Congo-Brazzaville,
Distingués invités en vos qualités et rangs,
Mesdames, messieurs,
Au nom du Collectif des signataires de la Lettre ouverte au président de la République du 2 juillets 2025, initiateur du présent Colloque, nous vous remercions de tout cœur de nous avoir fait l’honneur de participer à ce Colloque, articulé autour du thème : « La gouvernance électorale, la crise multidimensionnelle, l’insécurité galopante, l’explosion de l’intolérance politique et la dérive autoritaire du pouvoir au Congo-Brazzaville ».
Ce Colloque intervient deux semaines seulement après la célébration du 67ème anniversaire de l’accession du Moyen Congo au statut de République, le 28 novembre 1958. D’entrée de jeu, nous voudrions faire observer que cette célébration par l’Etat/PCT est une pure arnaque politique, car, le pouvoir congolais a détruit depuis belle lurette, la forme républicaine de l’Etat et transformé le Congo-Brazzaville en une monarchie républicaine, voire en une épicerie familiale. En effet, comme l’écrivait l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD), dans une Tribune publiée sur les réseaux sociaux, le 10 mai 2025 : « Depuis la guerre du 5 juin 1997, le Congo-Brazzaville est dirigé par un président de la République inamovible qui concentre entre ses mains les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, et qui de surcroît, considère l’Etat comme sa propriété privée et/ou celle de sa famille et de son clan. Le pouvoir exécutif est personnalisé à outrance. L’Etat, c’est le président de la République. Les désirs de ce dernier sont érigés en lois. Les décisions au sommet de l’Etat sont le fait du prince. Le culte de la personnalité est porté à des cimes inégalées. Le pouvoir est déifié ».
Pourtant, comme chacun le sait, le concept de République dérive de l’expression latine : « RES Publica » qui signifie en langue française : « la chose publique ou le patrimoine commun d’une nation donnée ». La République s’oppose à la monarchie. Elle se distingue d’elle par le mode de dévolution du pouvoir (l’élection), la brièveté des mandats et la collégialité en matière de gouvernance.
Il est de notoriété publique que dans une République, l’élection est le mode de désignation des dirigeants. Cependant, pour être crédible, cette élection quelle qu’en soit la nature, doit être libre, transparente, honnête, et consensuelle. Autrement, il s’agira d’une farce électorale, c’est-à-dire, d’une parodie d’élection.
La breveté des mandats implique que tout mandat à vie soit strictement prohibé. Quant à la collégialité, elle vise à conjurer de possibles dérives autoritaires et oblige à répartir les pouvoirs de l’Etat entre plusieurs acteurs, avec un système de contrôle, de contrepoids, de garde-fous, car, la République suppose l’existence de contrepouvoirs forts. L’Etat/PCT a détruit la forme républicaine de l’Etat et fait du Congo, non plus un patrimoine commun de tous les Congolais, mais une propreté privée d’un homme, d’une famille, d’un clan et de ses courtisans et obligés.
Aujourd’hui dans notre pays, la République n’existe plus. Le pouvoir est « familialisé », le Congo est transformé en une monarchie républicaine dans le sens où l’entendait le juriste constitutionnaliste français, Maurice DUVERGER.
Par ailleurs, la République repose sur le devoir de vertu, l’intégrité morale, le sens de l’honneur et du devoir. Elle exige de ses gestionnaires qu’ils soient intègres, irréprochables, exemplaires. Dans une République, le désintéressement est la principale qualité des acteurs politiques. Ces derniers entrent en politique pour servir l’intérêt général et non pas leurs intérêts personnels ou ceux de leurs familles, clans, villages, ethnies ou régions d’appartenance. Les citoyens veulent des dirigeants qui fassent leur travail avec compétence, honnêteté et désintéressement, et qui aient le souci prioritaire de servir l’intérêt général et non pas leurs intérêts personnels et partisans. Les pères fondateurs de la République voulaient d’une République immaculée et exemplaire.
Comme l’a écrit Fred Kupferman dans un article intitulé : « la corruption dans la République », publié dans le n° 31 de la revue, Pouvoirs, en 1984 :
( … ) La République s’est tracée un devoir moral. Elle demande à ses magistrats d’être purs, à ses fonctionnaires d’être inaccessibles aux influences ; elle institue le concours pour casser les reins au piston ; elle engage tous ses serviteurs à exercer un sacerdoce. Le devoir de vertu s’impose à tous ( … ).
Aujourd’hui, au Congo-Brazzaville toutes les valeurs cardinales qui fondent une République sont totalement bafouées. A tous les étages de la société, l’argent facile est devenu le moteur de l’action. Mus par la recherche effrénée du confort matériel et du luxe, les tenants du pouvoir et les consciences insuffisamment affranchies investissent toutes leurs énergies dans des comportements atypiques et délinquants : culte de l’argent facile, goût immodéré de la fête et de la luxure, vols à mains armées, braquages de domiciles privés, viols, prostitution, pédophilie, homosexualité, inceste, consommation abusive d’alcool et de drogues diverses, assassinats gratuits, crimes rituels, grand banditisme, cybercriminalité, etc.
Les règles morales de nos sociétés traditionnelles, reprises par la Conférence nationale souveraine de 1991, à savoir : « tu ne tueras point, tu ne voleras point, tu ne mentiras point » sont allègrement piétinées.
Dans les hautes sphères du pouvoir, ceux qui devaient prêcher par l’exemple et être des modèles d’identification pour les citoyens en général, les jeunes en particulier, sont passés champions dans la catégorie des délinquants en col blanc et s’illustrent tristement par de nombreux comportements dé-viants : trafic d’influence, concussion, corruption, détournement des deniers publics, enrichissement illicite, appropriation personnelle des biens de l’Etat, favoritisme, népotisme, ethnocentrisme, régionalisme, préférence ethno-régionale, constitution de milices privées et/ou de polices parallèles, crimes en bandes organisées et crimes rituels, dépravation des mœurs, droit de cuissage, etc. Ils sont porteurs de contre-valeurs nuisibles au développement du pays, car, comme le dit un adage populaire : « Le poisson commence à pourrir par la tête ».
La perte du sens des valeurs n’épargne pas l’opposition congolaise, au sein de laquelle, de nombreux acteurs pratiquent la politique du ventre et se vendent au plus offrant. Ondoyants et divers, ils mangent à tous les râteliers et changent de camp chaque fois que le pouvoir change de main. La journée, ils critiquent le pouvoir, le soir venu, ils rasent les murs et vont à la soupe à Mpila, la résidence privée du chef de l’Etat. Ils ne sont pas portés par des valeurs et ne sont préoccupés que par la recherche de l’argent facile. Ils forment ce qu’on appelle : l’opposition alimentaire.
Quant à la jeunesse congolaise, sous l’influence pernicieuse de la société, elle est devenue globalement, une jeunesse pervertie qui investit principalement son énergie dans les futilités, les plaisirs mondains, la recherche de l’argent facile, le confort matériel et le luxe. Insouciante et inconsciente dans son écrasante majorité, portée par le goût immodéré de la fête, elle donne la priorité aux jouissances mondaines, aux dépens des études qui sont la clé de voûte de son avenir.
Comme les jeunes, la plupart des femmes ont succombé à l’appel de la facilité et passent le plus clair de leur temps dans les futilités et les réjouissances. Par exemple, le 8 mars, journée historique de la célébration de la lutte des femmes du monde pour la conquête de leur égalité avec les hommes, est pour la plupart des femmes congolaises, un simple moment de fête, une occasion d’ajouter un nouveau pagne à sa collection. Celles qui militent réellement pour la libération de l’oppression et des inégalités injustifiables dont elles sont les victimes, se comptent sur le bout des doigts.
On le voit, le Congo traverse une crise morale gravissime. Face à l’effondrement des valeurs fondamentales qui structurent une société démocratique et moderne, il est urgent et impératif d’œuvrer à la moralisation de la vie politique et de la vie publique, à travers :
– La restauration des règles morales et des valeurs républicaines citées su-pra ;
– La vulgarisation des principes de la bonne gouvernance, pour garantir l’intégrité des structures politiques et limiter les risques de déviance ;
– L’élaboration d’une loi contre le trafic d’influence, la concussion, la corruption, les détournements des deniers publics, l’enrichissement illicite ;
– L’application scrupuleuse de la Convention de l’ONU contre la corruption ;
– La promotion des actions sur les individus par l’adoption et la mise en œuvre d’un code de l’éthique de l’acteur politique, articulé sur les valeurs d’abnégation, de dévouement à l’intérêt général, du devoir de vertu, du sens de la dignité et de l’honneur, de l’amour de la patrie ;
– L’introduction dans les programmes d’enseignement à tous les niveaux, de l’instruction civique et morale ;
– La garantie de l’égalité de tous les Congolais devant la loi, par la promotion d’un Etat impartial et la mise en place d’une Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, chargée de détecter et prévenir les pratiques discriminatoires (népotisme, ethnocentrisme, régionalisme, préférence ethno-régionale, favoritisme, clientélisme) dans la gestion des Affaires publiques ;
– La réhabilitation de la culture de la sanction, en vue de punir sans sentimentalisme ni complaisance, tous les Congolais coupables de comportements délinquants graves, quelles que soient leurs positions sociales et leur appartenance politique, idéologique, familiale, ethnique, religieuse.
Dans son discours à la nation, prononcé le 28 novembre 2025, à l’occasion de la célébration du 67ème anniversaire de l’accession du Moyen Congo au statut de République, le président de la République a disserté longuement sur les problématiques de la paix, de l’unité et de la concorde nationales, du vivre-ensemble. Sur ces sujets, il a indiqué avec insistance qu’il a toujours « prêché et continue de prêcher pour la paix des cœurs et la tranquillité des esprits », avant d’ajouter que ses différents projets de société « La Nouvelle Espérance, Le Chemin d’avenir, Ensemble, poursuivons la marche vers le développement » sont portés par le souci constant de promouvoir et de préserver la paix et l’unité nationale.
– De quelle paix le président de la République parle-t-il, lorsque chaque Congolais sait que depuis les années 1970, il est un des acteurs politiques majeurs des conflits socio-politiques qui déchirent le Congo-Brazzaville (18 mars 1977 ; 5 février 1979 ; 5 juin 1997 ; l’affaire des 353 disparus du Beach ; la guerre du Pool en 2016 ; la traque des Bébés noirs depuis la fin du mois de septembre 2025), etc.
– De quelle paix le président de la République parle-t-il lorsque depuis son accession au pouvoir, il y a plus de 40 ans, 90% des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté et mènent une existence misérable ? Un homme qui n’a pas les moyens de manger à sa faim, de se soigner quand il est malade, de se loger décemment et d’avoir des loisirs sains, peut-t-il avoir la paix du cœur et la tranquillité de l’esprit ? Un chef de famille qui ne peut pas payer les frais d’écolage de ses enfants, ne peut pas soigner ces derniers quand ils sont malades, ne peut pas leur assurer une alimentation nutritive et saine et leur offrir des loisirs sains, a-t-il la tranquillité de l’esprit et la stabilité intérieure ?
– De quelle paix le président de la République parle-il, lorsque sur toute l’étendue du territoire national, les populations sont soumises chaque jour à des pénuries chroniques d’eau potable, d’électricité, de carburant et à l’augmentation galopante des prix des denrées alimentaires de première nécessité ?
– De quelle paix le président de la République parle-t-il, quand du fait de la faillite totale du système congolais de santé, la morbidité et la mortalité ont explosé de façon exponentielle sur l’ensemble du territoire national ?
– De quelle paix, le président de la République parle-il lorsque l’écrasante majorité des jeunes qui constituent près de 70% de la population congolaise sont sans emplois et sont de ce fait, plongés dans une grande désespérance sociale ?
– De quelle paix, le président de la République parle-t-il, quand aujourd’hui, les retraités de la CRF accusent 50 mois cumulés d’arriérés de pension, les fonctionnaires des mairies de Dolisie, de Ouesso et Moussendjo, des arriérés de salaires de 68 mois, les étudiants boursiers de l’Etat congolais, des arriérés de bourses variant entre 3 et 5 ans selon les cas, les victimes des explosions d’armes et de munitions de guerre à Brazzaville, le 4 mars 2012 attendent depuis près de 13 ans, les indemnisations des graves préjudices qu’ils ont subis ?
Le discours lénifiant du président de la République sur la paix, l’unité nationale et le vivre-ensemble un est leurre. Il est en flagrante contradiction avec sa pratique politique et sociale quotidienne, car, les actes du chef de l’Etat ne correspondent pas à ses paroles. Adepte de MACHIAVEL, le président de la République a toujours adopté comme stratégies politiques principales, la ruse politique, les promesses mielleuses, mais jamais tenues, la démagogie sociale, l’achat des consciences, l’embrigadement des esprits, l’unanimisme social, l’intolérance politique, le recours à la force brutale. Le passage en force est dans son ADN. Son long règne de plus de 40 ans est jalonné par les violences politiques, l’insécurité chronique, le sang et les larmes du peuple congolais.
Congolaises, Congolais, chers Compatriotes,
Notre chère patrie, est traversée de part en part par une crise morale, économique, financière, sociale, démocratique, électorale et sécuritaire gravissime.
Par exemple, sur le plan électoral, le pouvoir actuel a mis en place depuis 2002, un système frauduleux et mafieux qui lui permet de gagner toutes les élections organisées sous l’empire de ce système. Ce dernier, exclut la vraie opposition de toutes les structures d’organisation des élections nationales, structures composées quasi-exclusivement des représentants de la mouvance présidentielle, de ses alliés et de ses complices.
Cette organisation unilatérale des élections nationales par le pouvoir est une source de conflits. Il faut en sortir le plus vite, en revenant aux fondamentaux de 1992, c’est-à-dire, à la cogestion des élections, de façon égalitaire par la mouvance présidentielle et la mouvance oppositionnelle, à travers la mise en place d’une Commission électorale, véritablement indépendante, composée en nombre, de façon égalitaire de représentants de la mouvance présidentielle et de ceux de la mouvance oppositionnelle et incluant des représentants des autres partis, de la société civile et de la Diaspora.
Cette Commission aura la maîtrise du processus électoral de l’amont à l’aval et sera chargée d’organiser toutes les opérations pré-électorales, électorales et post-électorales. Par ailleurs, il faut mettre fin à la répartition inéquitable du nombre des membres de cette Commission entre la mouvance présidentielle et la mouvance oppositionnelle, dans la composition des Commissions locales d’organisation des élections et lors des Concertations politiques organisées par le pouvoir.
A titre d’illustration, à la Concertation de Madingou, dans la salle, il y avait plus de 300 représentants de la mouvance présidentielle, contre une trentaine seulement de la mouvance oppositionnelle, toutes tendances confondues. Ce déséquilibre des masses fausse le jeu politique, et ce, d’autant plus que les décisions étaient prises à la majorité absolue. Il est urgentissime de mettre fin à cette injustice criarde et de promouvoir les conditions permissives d’élections nationales libres, transparentes, honnêtes, consensuelles et crédibles.
Sur le plan démocratique, le Congo-Brazzaville occupe le 142ème rang sur 180 pays, parmi les nations à régime autoritaire. En effet, depuis le coup d’Etat anticonstitutionnel du 25 octobre 2015, le pouvoir congolais a instauré un Etat policier sur toute l’étendue du territoire national. Dans ce contexte, la situation politique du pays est marquée entre autres par :
– Le placement de l’ensemble du territoire congolais sous état d’urgence et le quadrillage du pays par d’importants cordons de sécurité, lourdement ar-més ;
– L’occupation militaire du département du Pool ;
– L’érection de barrages routiers sur les roues nationales n° 1 (Pointe- Noire-Brazzaville) et n° 2 (Brazzaville-Ouesso) ;
– Les violations quotidiennes des libertés individuelles et collectives, consacrées par la constitution ;
– Le refus de la différence et l’instauration de l’intolérance politique ;
– L’institution d’un monopartisme qui ne dit pas son nom ;
– Les arrestations, emprisonnements et condamnations arbitraires des militants et des responsables de l’opposition pour délit d’opinion (cas du Général Jean-Marie Michel Mokoko et du ministre André Okombi Salissa) ;
– La suspension et/ou l’interdiction de journaux qui osent critiquer certains aspects de la politique gouvernementale (Talassa de Ghys Dombé ;
La Voix du peuple de Milex Mbondzi ; Sel-Piment de Augias Ray Malonga) ;
– L’emprisonnement de journalistes qui ne chantent pas les louanges de l’Etat/PCT ou ne célèbrent pas le culte du guide providentiel (cas de Ghys Fortuné Mbemba Dombé) ;
– La caporalisation des médias publics et l’interdiction de leur accès aux acteurs politiques de la vraie opposition ;
– La mise au pas de tous les syndicats des travailleurs et des étudiants ;
– Le harcèlement politique des partis de la vraie opposition, la non reconnaissance par le ministère de l’Intérieur de plusieurs d’entre eux et l’empêchement du libre exercice de leurs activités ;
– La mise en place depuis 2002, d’un système électoral frauduleux et mafieux, dans lequel les candidats aux élections nationales (députés, sénateurs, conseillers départementaux et communaux) sont dans leur écrasante majorité, nommés ;
– La répartition inéquitable du nombre des participants de la mouvance présidentielle et de la mouvance oppositionnelle, lors des concertations politiques organisées par le pourvoir.
– Le rejet systématique par le pouvoir, de la proposition de bon sens, mille et une fois formulée par la vraie opposition, proposition relative à la convocation par le chef de l’Etat, d’un véritable dialogue politique national, rassemblant toutes les forces politiques et sociales de la nation, pour rechercher ensemble, des solutions appropriées et consensuelles de la sortie de la crise multidimensionnelle qui mine le Congo-Brazzaville ;
– La volonté obsessionnelle de l’Etat/PCT de demeurer à vie au pouvoir, par le recours à la violence sous toutes ses formes (filatures policières, écoutes téléphoniques, intimidations et menaces de mort contre les opposants ; montage de complots imaginaires ; coups fourrés ; arrestations et emprisonnements arbitraires ; procès politiques ; disparitions forcées ;).
Sur le plan sécuritaire, à la suite du coup d’Etat anticonstitutionnel du 25 octobre 2015, le pouvoir a décrété un état d’urgence sur l’ensemble du territoire national et verrouillé le pays par d’importants cordons de sécurité, armés jusqu’aux dents. Des barrages routiers ont été érigés le long de toutes les routes principales du pays. Un véritable terrorisme d’Etat a été institué. Depuis, l’Etat/PCT gouverne contre le peuple et par la force brutale. Le département du Pool est occupé militairement. Un corps expéditionnaire spécial est basé à Kinkala, chef-lieu de ce département. Tout le Congo est transformé en une sorte de camp de concentration.
Alors que le Congo n’est pas en guerre et qu’aucun autre pays ne le menace, le pouvoir a recruté et continue de recruter massivement pour le compte de l’armée, de la gendarmerie et de la police, augmentant inconsidérément les effectifs de la force publique, aux dépens des autres secteurs vitaux comme l’éducation, la formation professionnelle, la recherche et l’innovation, la santé publique, l’environnement, etc.
A cette troupe inutilement nombreuse, il a ajouté des contingents de mercenaires de diverses nationalités : Tchadiens, Centrafricains, Rwandais, Congolais de la RDC et Angolais (les restes de l’Unita de Savimbi). Par ailleurs, les accords militaires secrets, signés entre Brazzaville et Kigali, ainsi que la présence actée de nombreux militaires rwandais, stationnés dans le département de la Likouala, font courir au Congo-Brazzaville, le risque d’être entraîné malgré lui, dans une guerre fratricide avec la RDC, qui accuse Brazzaville d’être co-belligérant dans la guerre qui l’oppose au Rwanda.
Aujourd’hui, l’Etat de droit est étranglé. Les libertés individuelles et collectives sont confisquées. Dans ce contexte, les partis politiques de la vraie opposition sont l’objet d’un harcèlement politique systématique sous diverses formes :
– non reconnaissance de plusieurs partis de cette mouvance par le ministère de l’Intérieur ; – arrestations et emprisonnements sans cause de militants et de responsables ; – procès politiques et condamnations arbitraires (cas de Paulin Makaya, du Général Jean-Marie Michel Mokoko et du ministre André Okombi Salissa) ; – entraves diverses au libre exercice des activités des partis (refus de salles de réunion ; interdiction pure et simple de réunions programmées ; répression de marches pacifiques ) ; dépôt par des nervis du pouvoir des armes et des munitions de guerre dans des domiciles de certains opposants, dans le dessein de les impliquer dans de faux complots (cas de André Okombi Salissa) ; disparitions forcées d’opposants (cas de Augustin Kalakala, membre du bureau politique du parti de André Okombi Salissa, dont le corps en état comateux a été jeté à l’entrée de la morgue municipale de Brazzaville, après près de deux mois de disparition et de torture) ; éliminations physiques d’opposants jugés dangereux pour le régime. L’insécurité est partout. Les droits humains sont quotidiennement violés.
Les Bébés noirs, communément surnommés « Américains, Arabes, Africains fâchés, Kulunas », groupes violents, créés par le pouvoir à l’image des Tontons Makoutes (Bébés doc) du dictateur Duvallier de Haïti sèment la terreur et la désolation dans les villes, et tout particulièrement à Brazzaville et à Pointe-Noire, en commettant des braquages de domiciles privés et des agressions physiques contre de paisibles citoyens, sous l’œil bienveillant du pouvoir, leur géniteur. Du fait de l’explosion de la violence sous toutes ses formes (violences politiques, violences économiques et sociales, violences urbaines, violences en milieu scolaire, violences faites aux femmes etc.), la vie au Congo-Brazzaville est désormais faite du sang et des larmes du peuple.
Toute cette barbarie est sous-tendue par la volonté morbide du pouvoir actuel de demeurer à vie à la barre par la force. Dans cette optique, le mot d’ordre général, rendu public à Ollombo (département des Plateaux), au cours d’un meeting électoral, lors des élections législatives de juillet 2021, par un ministre en fonction, ce, en lingala, une des langues nationales du Congo, est : « Tokotika tè, Tokotika tè, Tokotika tè …», expression qu’on peut traduire en français comme suit : « Nous ne lâcherons jamais un pouvoir que nous avons conquis par la force des armes et au prix du sang. Il faudra passer sur nos corps pour nous le reprendre ».
Porté par cette obsession, le pouvoir achète des quantités innombrables d’armes et munitions de guerre, gardées non pas dans des sites militaires sécurisés mais dans des lieux privés, mitoyens des zones d’habitation, lieux connus du seul chef de l’Etat congolais et de son entourage immédiat. Cet arsenal de guerre est destiné à réprimer la moindre velléité de contestation du pouvoir.
Le peuple congolais est ainsi tenu en laisse sous la menace des armes de destruction massive et se réfugie désormais dans la résignation. La démocratie congolaise, réhabilitée par la Conférence nationale souveraine de 1991 est écrasée au moyen de baïonnettes. Elle a fait place à une dictature ubuesque. La paix sociale et la stabilité politique sans lesquelles il ne saurait y avoir de développement durable d’un pays, sont quotidiennement étranglées.
En définitive, la société congolaise est aujourd’hui une société fracturée. Les guerres fratricides à répétition ont détruit des ménages, des amitiés anciennes, séparé pères, mères, enfants. Par ailleurs, l’instrumentalisation des ethnies et des régions à des fins clientélistes ont créé la méfiance au sein de la société civile ; la situation sociale dramatique du peuple oppose les citoyens à l’Etat ; les comportements égoïstes et égocentristes des tenants du pouvoir ont brouillé les citoyens avec la politique. Toutes ces ruptures commandent une vigoureuse et intelligence politique de réconciliation nationale, à travers :
– La convocation dans l’urgence d’un véritable dialogue politique national, rassemblant sans exclusive, tous les représentants des forces politiques et sociales de la nation ;
– La restauration de la liquidité générale de l’Etat et de l’économie, le rétablissement des paiements courants ;
– La réduction du train de vie somptuaire de l’Etat à travers :
1- Le retraitement des Fonds politiques du président de la République dans le sens de leur réduction à un niveau qui n’excédera pas les 25 milliards de francs CFA par an et leur inscriptions chaque année dans les rubriques budgétaires ;
2- La réduction à la baisse des rémunérations allouées aux ministres, aux parlementaires, aux membres des bureaux des Conseils départementaux et communaux, aux préfets, sous-préfets, administrateurs-maires, aux PDG et directeurs généraux des entreprises publiques ;
3- La suppression des salaires fonctionnels payés indûment aux responsables des organes dirigeants du PCT ;
4- La suppression et l’interdiction absolue des paiements par anticipation et des dépenses non-prévues au budget de l’Etat, pour éradiquer les coulages financiers et les tripatouillages, surtout au niveau des menues recettes ;
5- La suppression des exonérations fiscales exceptionnelles ou discrétionnaires ;
6- La suppression des emprunts gagés sur le pétrole, sous la forme de prépaiements ou d’avances à court terme obtenues auprès des négociants en pétrole ;
7- Le rapatriement au Congo, au profit du Trésor public de l’argent public logés dans des comptes privés à l’étranger (Chine, Panama, Singapour, Brésil, Ile Maurice, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Koweït, Monaco, Hollande, France, Espagne, Andor, Iles Caïmans, Antilles Hollandaises, RDC, Guinée Conakry, Angola, Maroc, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Cap-Vert, Uruguay, Venezuela, etc.
8- La refondation de la gouvernance de la SNPC et sa restructuration ;
9- La réduction au strict nécessaire des missions extérieures et de certaines manifestations publiques ;
10- La réduction du parc automobile de l’Etat ;
11- Le renforcement des mécanismes de lutte contre la concussion, la corruption, les détournements des deniers publics, l’enrichissement illicite, l’appropriation personnelle des biens publics, le favoritisme, l’impunité, en vue d’améliorer la transparence financière ;
12- La création d’une brigade économique et financière, chargée d’effectuer des enquêtes financières et de suivre et contrôler la manière dont l’argent public est utilisé ;
13- Le retraitement de l’énorme dette public dans le cadre d’un accord avec la Communauté financière internationale, pour la ramener à au moins 25% du PIB, voire 20% comme en 2010 ;
14- Le paiement concomitant et régulier des salaires de tous les fonctionnaires et tous les agents de l’Etat émargeant au budget de transferts, des pensions de tous les retraités, des bourses de tous les étudiants congolais au Congo et à l’étranger ;
15- La réalisation d’un recensement rigoureux de tous les agents de l’Etat pour débusquer définitivement les nombreux agents fictifs et l’instauration d’un fichier unique, Fonction publique/Solde/Force Publique.
Dans le dessein de ne pas aggraver les souffrances déjà épouvantables des populations, il ne sera procédé à aucune réduction des salaires des fonctionnaires, des pensions des retraités, des bourses des étudiants et des budgets de l’alimentation des populations en eau potable, de la santé publique et de l’hygiène, de l’éducation et de la formation qualifiante, des transports collectifs, de l’emploi et de la recherche scientifique et de l’innovation scientifique.
On le voit, la réconciliation nationale est une vaste entreprise multidimensionnelle qui met aux prises l’Etat, les citoyens, les acteurs politiques et l’éthique. Seule, une approche plurielle de cette question peut déboucher sur des réponses alternatives appropriées et ouvrir des perspectives pour un Congo uni, apaisé, paisible, vivable et porté par un projet de société visant à promouvoir le bien-être politique, économique, social, culturel et environnemental de tous les Congolais et de chaque Congolais.
Fait à Brazzaville, le 12 décembre 2025



































































































































































































































































































































































































































































































