Congo : chronique d’un désastre managérial et social sans fin du système de santé
Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
On assiste à une ascension de la courbe de mortalité qui a pris le pas sur celle de natalité. Le Congo traverse la vallée de la mort. Aucun frémissement de sursaut gouvernemental ne pointe à l’horizon
L’arrivée du professeur Jean Rosaire Ibara au ministère de la Santé après une villégiature au ministère de la lutte contre les antivaleurs, elle-même précédée du fossoyage de l’université Marien Ngouabi, n’a pas, à l’habitude du gastro-entérologue, changé grand-chose dans sa politique managériale. En réalité, pour les personnes avisées, il ne fallait s’attendre qu’à une dégradation. Cette nomination a confirmé l’incapacité chronique de l’État congolais à gérer le secteur de la santé publique autrement que par l’improvisation et le clientélisme. Déjà disqualifié au ministère du Contrôle d’État, ce gastro-entérologue doit moins sa longévité administrative à ses compétences qu’à ses origines Koyo, groupe ethnique désormais marginalisé plus que les katanguais dans un appareil dominé par les réseaux Téké-Alima et Mbochi.
Repêché en 2021 au lendemain de la publication du rocambolesque gouvernement Makosso I, lu par le Généralissime Ntsiba dans une soirée totalement incongrue qui reste marquée dans les annales. Trois correctifs et un dernier membre du gouvernement arraché à M.Sassou au pied de l’avion, à son grand courroux, marquent l’arrivée du fossoyeur impénitent de l’Université Marien Ngouabi qui aura connu tout sous son magistère : détournements, faux diplômes, nominations arbitraires, trafic d’influence, recrutements abusifs à coup de millions, etc. Le secteur de la santé est devenu un puits sans fond, où l’échec des projets (du Plan National de Développement Sanitaire au Plan COVID qui a vu ses fonds pillés par Gilbert Ondongo) se conjugue aux catastrophes dès le départ de Lydia Mikolo et des Canadiens curieusement qui font du bon job en Guinée, à une hémorragie démographique sans précédent : depuis janvier 2025, les décès dépassent les naissances. Plus de 85 corps sortent chaque jour de la morgue municipale de Brazzaville. Le Congo meurt sous les yeux des gouvernants qui ne diligentent aucune enquête de sécurité et de sûreté. Personne ne se soucie de la qualité de vie et de ce que les congolais consomment. Des conserves avariées, du riz irradié, des légumes bourrés de pesticides entrés librement en raison des pressions de l’Union européenne qui les a pourtant interdits sur son propre sol, des médicaments imités et sans principes actifs, des huiles et lait frelatés tout comme les farines déconseillées mais vendues par Amadou Niangadou ! Une exécution de masse du fait de la corruption et de l’égoïsme de quelques-uns mêlée à l’insalubrité et à la paupérisation !
Un système en insolvabilité sanitaire structurelle
Le Congo ne manque pas de plans mais d’une trinité létale : désengagement budgétaire, incompétence médicale, et réformes stériles. Financer la santé à hauteur de 4% du PIB, avec une part publique marginale, revient à institutionnaliser la dépendance aux bailleurs de fonds, condamner les malades à l’autofinancement ou à la dette informelle, et normaliser l’abandon thérapeutique. Le malade pauvre n’est pas invisible.
Sur le plan humain, la densité médicale reste en deçà des seuils critiques de l’OMS, tandis que Brazzaville aspire à elle seule 60% des effectifs, transformant les soins de proximité en zones sinistrées. L’urgence est triée, non soignée. Les faux professeurs du CAMES pullulent mais tuent car choisis sur des bases tribales ou sectaires. Il y a deux mois, le Chef de service Urologie du CHU, le Pr Wenceslas Odzebe Anani, a été victime d’un « surmenage » et est tombé d’un AVC ! C’est loin d’être le dernier. La pression sociale et morbide est insupportable pour les médecins. Elle devient un calvaire pour les incompétents qui n’ont qu’une seule envie : fuir pour cacher leur misère intellectuelle. Pour y échapper, ils prescrivent n’importe quoi, pourvu que le malade meurt vite. Pire, l’État autorise, n’importe qui à avoir un laboratoire, une clinique, un centre de santé en enjambant les normes de l’ordre des pharmaciens et des médecins. Les plans de redressement ne manquent pourtant pas ( PNDS 2023–2026, cadre de coopération OMS, politique nationale pharmaceutique, etc.). Mais sans pilotage, sans allocation, sans contrôle. Un plan sans exécution est une fiction technocratique.
Le résultat est un renoncement massif aux soins, un engorgement chronique des structures, et une désespérance sanitaire palpable. Ce système ne manque pas d’idées : il manque d’orgueil exécutif. Thierry Gombet, vomi par les travailleurs, continue de sévir au CHUB. Idem pour de nombreux cancres qui sortent en masse des officines sombres du CAMES tombé en catatonie. Ils fuient eux-mêmes le CHUB pour se soigner, allant verser leur colère sur la présidence lorsque les fonds d’évacuation sanitaire ne sont pas débloqués ! Incroyable mais tristement vrai !
Un neurologue formé à l’étranger et rentré chez lui a dû repartir en expatriation forcée aux USA ; idem pour un ophtalmologue, etc. Les meilleurs sont des cibles expiatoires pour les cancres. On les tue pour ne pas supporter la honte et l’opprobre.
CHUB, Hôpital-cérémonie
Le CHU-B incarne une dissonance absolue entre prestige affiché et coma de gestion. Dès 2017, un audit accablant pointait des achats sans règles, des circuits de patients erratiques, une maintenance absente. En 2019, un plan de redressement sans lendemain. En 2024, la paralysie devient règle : grève générale, arriérés salariaux, panne d’oxygène, incinération non conforme, électricité aléatoire. La survie du patient devient variable contingente, le bloc opératoire et la réanimation manquent d’air et de tout. La maternité improvise sans incubateur. Et pendant ce temps, on parle de “réhabilitation” : rénover sans maintenance ni logistique, c’est repeindre un cercueil. Le CHU-B n’est plus un hôpital – c’est un décor où l’on célèbre la déesse Mort dans un culte maçonnique aux zélateurs de plus en plus jeunes et nombreux.
Dans les centres pénitentiaires, un médecin non expérimenté a été affecté pour achever les détenus. Au laboratoire national, malgré les sacrifices du professeur Fabien Roch Niama, des docteurs Makaya Dongui Nicole, Dosso et Cie les primes ne suivent pas. Bref, depuis 2021, le ministère de la Santé ne gouverne pas : il occupe. Cinq stigmates résument la faillite managériale : 1) Zéro cap, zéro cible. Annonces sans échéances ni responsabilités. Pas de contrat de performance. Pas de redevabilité. 2) Budgets votés, jamais exécutés. L’oxygène, l’énergie, la maintenance : aux bons soins du Trésor. Résultat : actes reportés, patients morts, personnels épuisés. 3) Achats archaïques. Zéro SLA, zéro accord-cadre, zéro reporting. Les équipements vitaux sont traités comme du mobilier. 4) Gestion RH punitive. Aucune mobilité ni incitation. Les périphéries sont punies. 5) Dialogue social inexistant. Conflits chroniques, grèves répétées, aucune clause de paix sociale. C’est un désastre organisationnel, éthique et moral.
Ghys Fortuné BEMBA DOMBE

































































































































































































































































































































































































































































































