Tribune Libre:

Dirigeants ou intellectuels : quel moteur pour le progrès national ?

Serge Armand Zanzala
« Un pays avance plus lorsque ses dirigeants s’avouent modèles à suivre, dans l’exercice de leurs fonctions, actes nobles et dignes. », Ouabari Mariotti
« Un pays avance plus lorsque ses intellectuels cessent d’être lâches et s’affirment comme des élites. »,
Serge Armand Zanzala
Notre aîné et ancien ministre de la Justice sous la présidence de Lissouba, Ouabari Mariotti, a récemment publié sur sa page Facebook un texte affirmant : « Un pays avance plus lorsque ses dirigeants s’avouent modèles à suivre, dans l’exercice de leurs fonctions, actes nobles et dignes. » Cette réflexion, bien que ne cherchant pas la polémique, ne nous a pas laissé indifférent. Dans un souci d’ouverture et de dialogue sur la place respective des dirigeants et des intellectuels dans le progrès de notre nation, nous souhaitons confronter cette assertion à notre propre conviction : « Un pays avance plus lorsque ses intellectuels cessent d’être lâches et s’affirment comme des élites. »
Cette confrontation vise à engager une réflexion sur les dynamiques du développement national, en examinant comment l’exemplarité des dirigeants, l’affirmation courageuse des intellectuels et la conscience du peuple peuvent, ensemble ou séparément, contribuer à l’avancement de notre pays.
Exemplarité politique et courage intellectuel : une alliance pour le développement
Le débat sur les moteurs de développement d’un pays oppose souvent le rôle des dirigeants à celui des intellectuels. Ouabari Mariotti soutient que le progrès d’une nation dépend de la capacité de ses dirigeants à se présenter comme des modèles dans l’exercice de leurs fonctions, tandis que nous insistons sur la nécessité pour les intellectuels de s’affirmer comme des élites pour impulser l’avancée nationale. Cet article analyse ces deux perspectives, en y ajoutant une troisième dimension : la responsabilité du peuple.
1. Le rôle des dirigeants exemplaires
Mariotti affirme que « un pays avance plus lorsque ses dirigeants s’avouent modèles à suivre ». L’idée repose sur deux principes :
Exemplarité et crédibilité : un dirigeant qui respecte ses engagements, incarne la transparence et agit pour le bien commun inspire confiance et discipline sociale.
Effet multiplicateur sur les institutions : lorsque les dirigeants adoptent des pratiques éthiques et professionnelles, ils favorisent la culture de l’efficacité et de la responsabilité au sein de l’administration publique.
L’histoire contemporaine offre des exemples contrastés. Des pays dirigés par des leaders intègres ont souvent connu un développement plus soutenu, comme le Botswana, où l’exemplarité de ses dirigeants a consolidé des institutions solides et la stabilité économique.
2. Le rôle des intellectuels comme élites
Nous, nous  proposons, pour notre part, que « un pays avance plus lorsque ses intellectuels s’affirment comme des élites ». Cette position met l’accent sur :
La production et la diffusion des savoirs : les intellectuels orientent la société en proposant des solutions innovantes aux défis économiques, politiques et sociaux.
La critique constructive du pouvoir : ils servent de contrepoids, veillant à ce que les décisions politiques soient éclairées par la raison et l’expertise.
Le courage intellectuel : pour jouer pleinement leur rôle, les intellectuels doivent cesser d’être lâches, s’affirmer comme des élites et intervenir activement dans les débats publics, plutôt que de rester dans l’ombre ou de se contenter de critiques silencieuses.
L’exemple des pays nordiques montre qu’une société où les intellectuels sont écoutés et valorisés connaît un développement durable, car les politiques publiques y sont largement fondées sur la recherche et l’expertise.
3. Le rôle du peuple : vigilance et discernement
Si les dirigeants et les intellectuels constituent deux piliers essentiels du développement, une troisième dimension ne saurait être négligée : le rôle du peuple.
Écoute et discernement : le peuple doit apprendre à reconnaître la valeur de la parole des élites intellectuelles et à ne pas se laisser emporter par les discours purement politiques, surtout lorsqu’ils ne s’appuient ni sur l’expertise ni sur une vision à long terme.
Participation citoyenne : une société où les citoyens demeurent passifs ou manipulables devient vulnérable aux dérives autoritaires et aux promesses démagogiques. En revanche, un peuple vigilant et exigeant force les dirigeants à l’exemplarité et encourage les intellectuels à plus de courage.
Pouvoir de légitimation : en démocratie, le peuple reste l’ultime arbitre. Il légitime soit les politiques d’exemplarité et d’innovation, soit, à l’inverse, la reproduction de pratiques corrompues et stériles.
Ainsi, le peuple n’est pas un spectateur, mais bien un acteur dont la conscience politique conditionne la réussite ou l’échec des dirigeants et des intellectuels.
4. Confrontation des points de vue
Les trois dimensions doivent être pensées ensemble :
Un dirigeant exemplaire sans intellectuels courageux et affirmés risque de gouverner dans le vide conceptuel, avec des initiatives limitées ou inefficaces.
Des intellectuels, même affirmés, sans dirigeants prêts à transformer leurs idées en actions concrètes peuvent voir leurs propositions rester lettre morte.
Un peuple passif et peu attentif, même face à des dirigeants exemplaires et des intellectuels affirmés, peut se laisser séduire par des discours populistes et compromettre les efforts de développement.
Le progrès national nécessite donc une synergie tripartite : dirigeants exemplaires, intellectuels courageux, peuple vigilant.
Conclusion
Ni la seule exemplarité des dirigeants, ni l’affirmation exclusive des intellectuels, ni la bonne volonté du peuple ne suffisent isolément à garantir l’avancée d’un pays. Le progrès durable repose sur l’interaction entre un leadership responsable, des intellectuels affirmés et courageux, et un peuple conscient de ses responsabilités citoyennes. Pour les nations africaines en particulier, la réussite passe par cette triple alliance, afin de construire des institutions solides et une société éclairée.
Serge Armand Zanzala,  Écrivain, chercheur, citoyen engagé,  Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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