Aux bons soins de l’ancien ministre de la Communication Alain Akouala Atipault

Serge Armand Zanzala
Quand la politique devient le seul modèle : une jeunesse congolaise en quête d’inspiration
Il y a quelques années, l’ancien ministre de la Communication Alain Akouala Atipault lançait un cri d’alarme à la télévision. Il plaidait pour les jeunes Congolais, regrettant qu’ils manquent de modèles à suivre. Sa sortie médiatique avait touché les consciences et poussé certains à reconnaître avec culpabilité : « Oui, nous ne sommes plus des modèles pour notre jeunesse. »
Mais le temps a passé, et la réalité a pris une tournure surprenante.
La montée en puissance d’un “nouveau modèle
Aujourd’hui, le nom de Digne Elvis Tsalissan Okombi circule avec insistance dans les conversations. Selon plusieurs sources, la famille Sassou Nguesso lui aurait confié une somme de trois milliards de francs CFA pour orchestrer la mise en scène d’une comédie politique intitulée « Le Patriarche », un véritable best-seller figurant parmi les ouvrages en lice pour le Prix Nobel de la Comédie. Derrière cette mise en scène, le véritable auteur, en coulisses, ne serait autre que le président Denis Sassou Nguesso lui-même.
Dans l’imaginaire de nombreux jeunes Congolais, Tsalissa est devenu un modèle de réussite. Comment ne pas le considérer ainsi lorsqu’ils constatent qu’il suffit de scander plus fort que les autres, de sauter plus haut, et de multiplier les slogans à la gloire du président pour obtenir sa confiance et bénéficier de ressources colossales ?
Tandis que de jeunes entrepreneurs attendent en vain des financements pour développer leurs initiatives, Tsalissa incarne, malgré lui, la preuve qu’il est plus rentable d’aligner des discours dithyrambiques que de se lancer dans des projets économiques ou sociaux.
Un culte de la loyauté dévoyé
La recette semble simple :
porter chaque jour un boubou à l’effigie du président, occuper l’espace médiatique public grâce aux réseaux du pouvoir, et ponctuer ses interventions d’un incessant refrain où chaque virgule est remplacée par « le président », chaque deux-points par « le président Sassou », et chaque point final par « le président Denis Sassou Nguesso ».
Cette mécanique bien huilée ouvre la voie à des nominations dans de hautes fonctions administratives ou politiques : ministre, député, ou encore conseiller influent.
Les conséquences d’un modèle unique
Cette mise en scène politique, répétée et normalisée, envoie un message clair à la jeunesse congolaise : la seule voie pour réussir est la politique. Les conséquences sont multiples et préoccupantes :
La floraison incontrôlée des partis politiques : il existerait aujourd’hui des centaines de partis pour une population d’à peine 6 millions d’habitants.
La confusion entre service public et enrichissement personnel : les jeunes en viennent à croire que l’on ne peut servir son pays qu’en étant ministre ou président.
Le découragement des initiatives économiques : pourquoi investir dans l’agriculture, l’artisanat ou l’innovation si l’argent circule plus facilement dans les couloirs du pouvoir ?
La perte de repères sociaux : les véritables modèles – enseignants, chercheurs, entrepreneurs, sportifs, artistes – sont marginalisés au profit d’acteurs politiques érigés en héros.
L’accroissement du clientélisme et du tribalisme : la réussite individuelle est conditionnée à la proximité avec le pouvoir, et non au mérite ou à la compétence.
Un cercle vicieux de dépendance politique : les jeunes finissent prisonniers d’une logique où la seule ascension possible est celle qui passe par les structures du Parti congolais du travail (PCT).
Responsabilités partagées
Au terme de cette analyse, une conclusion s’impose : le président Denis Sassou Nguesso et le PCT portent une lourde responsabilité dans la construction de ce modèle politique déformé. En valorisant la loyauté au détriment de la compétence, en encourageant la répétition mécanique de slogans au détriment de la créativité, ils ont contribué à enfermer toute une génération dans l’idée que seule la politique ouvre les portes de la réussite.
Les conséquences en sont déjà visibles : une jeunesse déboussolée, une économie fragilisée, et un pays où l’avenir semble réduit à des calculs de pouvoir.
Alain Akouala Atipault et le plaidoyer pour la jeunesse congolaise
Pour conclure cet article, permettez-moi de partager une appréciation sur Alain Akouala Atipault, que j’ai connu avant son entrée en politique. Il venait de rentrer de France, alors que j’étais journaliste à La Semaine Africaine, au temps du président Pascal Lissouba. Alain m’a sans doute remarqué après un article que j’avais publié sur son frère aîné, venu au Congo à la tête d’une délégation américaine souhaitant investir dans le secteur financier, notamment en reprenant la BCC.
C’est ainsi que s’est nouée notre amitié, fondée sur un intérêt commun : le plaidoyer en faveur de la jeunesse congolaise. Nos réflexions m’avaient même poussé à ouvrir, dans La Semaine Africaine, une rubrique intitulée Jeunesse et Emplois, qui devint notre thème de prédilection.
Dans cette rubrique, mon tout premier article portait sur son projet de création d’une agence de communication politique, dont le siège était à l’hôtel Méridien. À travers cette anecdote, je voudrais rappeler à Alain une question importante : pourquoi n’a-t-il pas continué à creuser ce thème ? Est-ce parce qu’il a été appelé à occuper des postes qui l’éloignaient de la jeunesse congolaise, ou pour d’autres raisons ?
Cette réflexion reste pertinente aujourd’hui, car elle touche à la manière dont nos choix politiques et professionnels peuvent influencer notre capacité à servir la jeunesse, qui demeure un enjeu majeur pour le Congo.
Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika









































































































































































































































































































































































































































































































































