DU BLANCHIMENT DE LA FARCE ÉLECTORALE AU BLANCHIMENT DU RÉGIME DESPOTIQUE : TOUT ÇA POUR ÇA !

Félix Bankounda-mpele

Jusqu’où peut aller la fourberie politique ! Il n’était pas nécessaire d’être un fin analyste, même pas un futé marabout, pour savoir, à propos de la dernière auto validation de Sassou-Nguesso du 15 Mars dernier, que les résultats étaient scellés d’avance. D’autant plus que tous les médias l’ont martelé tout le mois qui a précédé le rite politique de la honte.
C’était à un point tel que, une fois de plus, l’écrasante majorité des Congolais a préféré, non pas d’aller participer au bal des sorciers et ensorcelés, mais plutôt d’aller consommer sa bière ou sa boisson de gingembre pour les plus démunis encore. Une façon pour eux de prouver qu’ils ne sont pas aussi imbéciles ou sous emprise, comme le croient Sassou-Nguesso et sa bande de malfaiteurs. Non pas que ‘l’empereur’ soit imbattable mais, bien au contraire, parce qu’ils sont, depuis, convaincus que ce sont ceux qui font semblant de compter les votes qui décident tout. Et, le résultat proclamé le mardi 17 Mars a confirmé ce qui est déjà observé dans les précédentes consultations : l’amplification irrationnelle et grossière de la participation, comme en 2002 et 2009, chaque fois que les Congolais prennent leur distance avec les urnes, comme si c’était la peste. Un véritable pied de nez à l’endroit des Congolais, comme pour leur dire, “Vous vous fichez de moi, je me fiche également de vous, et la preuve, vous n’avez pas obtempéré à ma séquence de comédie mais les urnes sont quand même pleines” !
Voilà où est-ce que l’on en est, et la farce est désormais de notoriété publique. De telle sorte que les qualifications de cette marre aux diables sont désormais foisonnantes: on parle désormais de ‘élection Nintendo’, ‘élection ya ba zoba (des sots)’, ‘élection ya KOUANGA’, etc…
Autrement et clairement dit, les Congolais ont dit stop à la farce ! Les prétendus opposants et candidats sont censés être mieux placés pour savoir, en amont, que les Congolais ne se mobiliseraient pas pour cette nouvelle comédie ! Et pourtant, ils ont persisté à participer à ce sinistre jeu qui, tout compte fait, ne consistait qu’à crédibiliser un exercice qui dégoulinait de laideur, de saleté et de puanteur !
Et alors, la question restera posée de savoir pourquoi ils ont persisté, puisque le seul bénéfice du doute que l’on pouvait leur concéder c’était qu’ils y aillent avec un plan B, voire jusqu’au plan C, mais pas pour espérer une quelconque et impossible vérité des urnes ! Presque trois décennies que le même mauvais film est déroulé, et que même les médias internationaux, après les organisations internationales, ne lorgnent plus. Sauf quelques secondes, pour lui assurer le service minimum comme le veut leur déontologie.
Ainsi, il est et a été une vérité d’évidence qu’il n’y a pas eu une élection présidentielle digne de ce nom au Congo-Brazzaville où, pour citer Sassou-Nguesso lui-même, “Pour que l’élection soit égale pour tous, il faut que le président (en place)… devienne citoyen-candidat” (La Croix, 16 juin 1997).
Peut-on être plus clair ! Qui, mieux que Sassou-Nguesso lui-même, aura fait meilleur procès des abracadabrantesques consultations politiques qu’il organise, lui qui, en novembre 1992, opposait à son prédécesseur élu que “jamais, au grand jamais, nous n’accepterons qu’un gouvernement censuré puisse organiser une élection”, ou que “les élections ne peuvent être organisées que par une force internationale” (Mémorandum de l’opposition, Mars 1997). Et puisqu’il n’a jamais gagné et ne gagnera jamais une élection juste, équitable et transparente, on a retrouvé au rite du 15 Mars dernier toutes les diableries habituelles et connues qu’il n’est même plus nécessaire de ressasser !
Que voulaient donc les soi-disant candidats opposants puisqu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir que sans plan supplémentaire, ils ne participaient qu’à la crédibilisation, au blanchiment d’une séquence qui nuit gravement à la dignité, à l’honneur et à la santé multiforme de leurs compatriotes déjà largement éprouvés ! Quelles sont leurs motivations, leur ambition ! Pourquoi Monsieur Dave Mafoula, et peut-être d’autres prochainement, pousse l’outrecuidance jusqu’à aller déposer une requête auprès de la soi-disant Cour constitutionnelle qui, depuis longtemps et moultes fois, a prouvé qu’elle est un docile et farouche garçon de courses du plus indigne des personnels de l’histoire politique de notre pays ! Puisqu’elle en a fait la démonstration la plus solennelle le 17 septembre 2015 principalement, en décidant de zigouiller la Constitution de 2002 qui était pourtant son acte de naissance, la branche sur laquelle étaient assis l’organe et ses membres ! Autrement dit, pour sauver le despote et son système criminel et vénal, en lui autorisant d’autres mandats, ils ont fait le choix incompréhensible et illégal de sacrifier la Constitution, et donc de se faire euthanasier ! (Cf. notre analyse : “Comment des juristes ont étranglé le droit constitutionnel au Congo”, in Mediapart, 17 septembre 2020 ; ou encore : “Quiproquo et euthanasie constitutionnels au Congo-Brazzaville”, in Congo-Liberty, 27 septembre 2015). Peut-on sortir de cette ligne, de cette logique, de cette moche habitude et s’autoriser une quelconque bifurcation quand on en est arrivé aux monstrueuses et effroyables décisions auxquelles cette juridiction nous a habituées !
Monsieur Dave Mafoula et les autres qui ont accompagné Sassou-Nguesso dans ce supplémentaire coup d’État, dans cette ignoble farce, dans ce nouveau pied de nez du despote congolais à l’endroit des Congolais, devront bien expliquer un jour, comme le despote lui-même et les autres malfaiteurs qui l’accompagnent, POURQUOI AVOIR FAIT LE CHOIX DE L’HUMILIATION ET DE LA PÉRENNISATION DES SOUFFRANCES. DES CONGOLAIS ! Ils n’arriveront jamais à faire croire, comme en l’occurrence, que c’est au nom de l’État de droit, puisque même l’écrasante majorité de nos enfants du primaire savent, comme leur édifieront encore plus les documents audio ou vidéo qui pullulent désormais sur le web, que leur pays aura été, pendant plus de quatre décennies, dirigé par l’un des hommes les plus incompétents, les plus kleptocrates, les plus népotiques, les plus cyniques et les plus criminels de l’histoire politique universelle…

Félix Bankounda-mpele

 

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