Ministre congolais de l’Economie et des Finances, sous le Président Pascal Lissouba, M. Moungounga Kombo Nguila s’est éteint, il y a 16 années. King George, je l’appelais, de façon amicale et bienveillante. Sorte d’anagramme que je lui ai appliquée, sans son accord, en raison de son envergure politique dont je reconnaissais les qualités.
Moungounga Kombo Nguila, un nom qui ne s’efface pas de la mémoire d’un grand nombre de Congolais et qui continue de résonner dans l’histoire politique de la République du Congo, depuis les années 68-69, jusqu’à ce jour. Bon républicain, attaché à sa patrie, féru de la politique, il s’en est allé, un matin du 14 avril 2010, au Centre Hospitalier de Villiers Le Bel, en région parisienne.
Deux jours auparavant, j’avais rendu visite au Ministre à son lieu d’hospitalisation. Il s’endormait dans son lit médicalisé, Mme Moungounga, mon Asso, et une proche du Ministre, assises sur un canapet, veillant sur le Ministre.
M. Moungounga Kombo Nguila, étudiant dans un Institut de Commerce, en France, aux côtés de son ami Justin Itihi Ossetoumba Lekoundzou, il baigne dans des idées de gauche qui forgeront l’homme qu’il allait devenir. De retour dans son pays, agent de l’Etat au Ministère du Commerce, il s’engage avec fougue au sein du Parti Congolais du Travail (PCT). Mais, rapidement, il se sent à l’étroit dans ce cadre. Il rejoint alors les rangs de l’UPADS, dont il est l’un des personnages clés et contribue, de manière décisive, à la victoire de M. Pascal Lissouba à l’élection présidentielle d’août 1992, au lendemain de la Conférence Nationale.
Du mandat du Président Pascal Lissouba, à la tête de la République du Congo, M. Moungounga Kombo Nguila siège au Gouvernement. D’abord, comme Ministre du Commerce. Ensuite, en qualité de Ministre des Finances et de l’Economie. Mais le destin en décide autrement, mettant fin à son expérience ministerielle, après cinq ans d’exercice. Les violences du 5 juin 1997 à Brazzaville le poussent vers l’exil, un chemin semé d’embûches à travers la République Démocratique du Congo, pour s’établir en France jusqu’à la mort.
De sa posture d’exilé, malgré les contraintes de son statut et la dureté des temps, le Ministre Moungounga Kombo Nguila garde intacte sa dignité et son humanité. En dernières volontés, le Ministre Moungounga Kombo Nguila choisit de reposer au Cimetière de Fosses, en Ile de France, mais son souvenir reste vivace, au Congo. Illustre figure, il laisse derrière lui une veuve et des enfants qui gardent précieusement sa mémoire. Rentré dans l’histoire de la République du Congo, son parcours continue d’inspirer ceux qui croient en la politique et en l’engagement sincère de ses acteurs.
Pour ne parler que du Président Pascal Lissouba et du Ministre Moungounga Kombo Nguila, leurs disparitions en exil, en territoire étranger, suivies de leur mise en terre, aussi à l’extérieur du Congo, sont des supports de réflexion de taille sur l’histoire politique du Congo et à propos des blessures, nées de cette histoire, qui n’ont pas encore été pansées, faute de volonté politique des autorités congolaises.
Au décès, le 17 février 2026, à Istanbul, en Turquie, du Ministre d’Etat, Ministre de la Fonction Publique et de la Sécurité Socale de la République du Congo, M. Firmin Ayessa, j’avais saisi l’occasion de l’hommage écrit, en mémoire de l’illustre disparu que j’avais publié, pour lancer aux dirigeants congolais un appel visant à faire respecter les valeurs fondamentales de l’administration publique de leur pays. Des valeurs qui reposent sur la réelle application des textes en vigueur, l’intégrité, la loyauté, la compétence et l’impartialité. Cela, en parallèle à la modernisation de cette administration.
Pour la seizième année de la mort du Ministre Moungounga Kombo Nguila, je m’autorise de revenir, toujours avec humilité, sur la question lancinante de la réconciliation nationale en République du Congo.
En effet, même au delà de l’élection présidentielle congolaise des 12 et 15 mars 2026 gagnée par le Président Denis Sassou Nguesso, suivie de la prestation de serment de celui ci, le 16 avril 2026, au Stade de la Concorde de Kintélé, les Congolais ne peuvent pas cracher sur une concertation nationale. Pourvu que celle ci soit véritablement sincère et inclusive, au nom de l’intérêt supérieur de leur Nation. Cette concertation serait un premier pas vers le règlement définitif de deux situations nationales qui traînennt à trouver une solution adéquate. D’une part, la guérison des blessures qui ont jusqu’ici saigné le Congo . De l’autre, enfin, tenir les assises de la réconciliation nationale qui attend toujours d’être l’affaire de toute la nation.
On ne le dira jamais assez, une réconciliation qui devra être l’espace où les Congolais pourraient partager leurs expériences, leurs douleurs et leurs espoirs, sans crainte de représailles ou de jugement. Ce qui pourrait aider à comprendre les racines des conflits passés et à trouver des voies pour avancer ensemble. Pour s’y faire, y inclure toutes les parties prenantes constituées des dirigeants en poste et les anciens, les acteurs politiques indépendants, la société civile, les victimes des conflits et les communautés affectées. Et ce serait l’occasion de la remise en liberté des Ministres Benoît Koukebene, André Okombi Salissa et du Général Jean Marie Michel Mokoko. Ce qui pourrait aider à faire la lumière sur les zones d’ombre de l’histoire et à promouvoir la justice et la paix durable dans le pays.
Enfin, il est crucial de requalifier l’éducation civique dans les collèges pour que les jeunes, davantage sensibilisés sur leurs devoirs citoyens, comprennent mieux l’histoire de leur pays et les dangers de la violence et de la division.
Ces lignes ainsi écrites ne sont, ni plus ni moins, qu’un appel à la responsabilité et au courage politique des acteurs politiques congolais. Les autorités actuelles, en place à Brazzaville, ont là, une circonstance unique de se hisser au-dessus des intérêts partisans et de prendre des décisions qui bénéficieront à l’ensemble du peuple congolais. A ces autorités de se faire violence en acceptant de sortir de leur zone de confort et de faire des choix plus empreints de solidarité républicaine et pour le bien commun.
Aux dirigeants congolais de reconnaitre que la réconciliation nationale, la répartition équitable des richesses du pays, l’extinction de la grogne qui couve dans les villes sont des facteurs déterminants de la paix durable dans le pays. Non prises en compte dans le développement du Congo, ce sont des éléments majeurs qui peuvent réduire la nation congolaise à néant.
A ces autorités de comprendre, en dernier ressort, qu’en dépit de ce qu’elles pourraient penser en matière de réalisation, au cours de leurs mandats, leur héritage sera surtout jugé sur leur capacité à panser les plaies, aussi bien du passé que du présent et à construire un avenir plus juste et lumineux qui profiterait à tous les Congolais.
Paris 11 avril 2026
Ouabari Mariotti
Ancien Ministre de la Justice
République du Congo