Pour la suppression des visas oui OU non?

Pour la suppression des visas oui et non.

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Jean-Claude BERI

On m’écrit cela de Brazzaville et l’on ajoute que je ferais bien de rentrer, sous peine de ne pas comprendre la réalité africaine en général, et congolaise en particulier. Je pourrais me contenter de répondre : c’est plutôt vous qui devriez sortir, sous peine de ne pas comprendre la réalité mondiale. Après tout, il y a 6 millions de congolais , qu’on arrive pas a gérer leur galère, guère plus accablés de problèmes. Mais je ne cherche pas à m’en tirer par une réplique, même de bon sens, et j’ai quelques raisons de prendre la Congo plus au sérieux, plus au tragique, que les chiffres stupides n’y inviteraient. Après le scenario rocambolesque de la vente des terres au rwandais, le président Congolais annonce la suppression du visa pour tous africains désireux se rendre au Congo Brazzaville. Sans discussion ni concertation, l’Assemblée nationale aurait validé.

Je reprends la question dans les termes où l’on me dit qu’elle est posée dans nos pays : Faut-il partir ? (Peut-on partir est une tout autre affaire.) Il se trouve que j’habite, pour quelques semaines encore, du côté où les jeunes Européens devraient aller s’il s’agissait pour eux de partir. Je vois les avantages de l’Amérique et ses défauts, mieux qu’ils ne sont en mesure de les imaginer. Cela se discuterait à l’infini. Il n’est qu’une solution, qui est d’aller voir, et d’essayer le pays comme un nouveau costume. Et je me dis que le problème est mal posé. Il ne s’agit ni de « partir » ni de rester, au sens pathétique de ces mots. Il s’agit simplement de circuler. Ce n’est pas très facile, pratiquement ? Mais partir, ou rester, ne le sont pas non plus, apparemment, puisqu’on pose le problème.

Supposez que nous soyons libres de circuler à notre guise. Je répondrais sans hésiter : il ne s’agit ni de choisir une terre et ses morts contre le globe et ses vivants ; ni de choisir le nomadisme permanent et l’exil par principe ou dégoût. Mais simplement de vivre au 21e siècle, en tenant compte des réalités que nous avons créées ou laissé s’imposer ; de la rapidité des transports, par exemple. Le Congo est _il assez développer pour accueillir tout le monde ?

Combien d’hommes d’aujourd’hui vivent leur temps et se trouvent pratiquement en mesure de le vivre ? Combien sont-ils encore du Moyen Âge, ou du bourgeois et lent xixe siècle ! Serait-ce manque d’imagination ? Certes, il en faut une dose non ordinaire pour se rendre contemporain d’un monde qui change beaucoup plus vite que Jules Verne n’a pu le rêver. C’est cela, et c’est aussi le cauchemar des visas. Si cette folie furieuse et inutile ne régnait pas sur le monde d’après-guerre, le problème partir ou rester se résoudrait en termes simples : on verrait vite que c’est un faux dilemme. Serait-ce un moyen de voler encore le peuple avec certainement l’intronisation des taxes due a l’acquisition du passeports ? On créée nous-même des problèmes qui risqueront d’engendre un déséquilibre societal. Nous somme incapable de contenir la RDC , qui il ya quelques années en arrière , nous avions tenter de les refouler parce qu’il avaient envahi le paysage congolais , le Congo suffoquait, trop de zaïrois , tue le zaïrois mais nous allons acceptez dès le début de 2027 tous les africains ? « Gouverner un pays c’est sérieux, les décisions doivent être maitrisée et pesée. Un gouvernement qui a peur de poser les bonnes questions de peur d’être limogé est un gouvernement de lâches et des fainéants. Briser les tabous, proposer des idées neuves, pousser à la réforme pour que le Congo, qui dispose d’atouts considérables, modernise enfin son système économique et aborde avec confiance la mondialisation. Telle est l’ambition de pacte de solidarité.

Le débat public actuel me semble aujourd’hui souvent trop étriqué. Nous sommes encore, avec 1 % de la population de la planète, nous ne représentons rien sur l’échiquier économique mondiale.! Comment parler de son avenir, sans être conscient des craquements et des bouleversements qui sont aujourd’hui à l’œuvre et se conjuguent pour créer un monde nouveau. Nos compatriotes sous-estiment ces changements. Le prochain épisode va nous édifier.

D’abord, le changement climatique, car le négliger serait une terrible erreur. Il suffit de contempler les ruines de cités antiques qui ont connu la splendeur et sont aujourd’hui au milieu du désert pour s’en convaincre. La désertification en est un autre. Ces deux phénomènes participent à un troisième phénomène vieux comme le monde, celui des migrations. Souvenons-nous d’Attila sous les remparts de Paris… Mais la dynamique démographique crée aujourd’hui une zone de tension principale entre l’Europe et l’Afrique, cette dernière étant la seule zone à connaître encore une très forte progression de sa population, les autres pays émergents ayant tendance à se normaliser – sauf peut-être dans l’esprit de Donald Trump qui fantasme la migration mexicaine… L’Afrique saura-t-elle créer assez d’emplois pour fixer sa population ?

Il faut avoir le courage d’aller à rebours du discours malthusien des altermondialistes. La pauvreté n’a cessé de reculer depuis quarante ans et pas seulement en Chine. Est-ce pour autant que le développement est juste, soutenable et universel’ Non. Mais on vit tout de même infiniment mieux qu’avant. Personne ne peut nier que les échanges créent de la croissance. Cela vaut aussi pour l’Europe, même si dans le même temps, la précarité y a progressé. Je n’y vois pas la conséquence de la mondialisation, mais plutôt le résultat d’une mauvaise approche de celle-ci, et d’une erreur dans les solutions appliquées dans certains pays, dont le nôtre.

Pauvres congolais dont les responsables politiques nationaux et communautaires n’entendent pas les priorités ! Le Congo est espérée comme un espace de prospérité et de sécurité. Une part croissante de notre sécurité, aussi bien à nos frontières qu’à l’intérieur de nos pays, doit être mise en commun. Pour la prospérité, la voie est double, à la fois congolaise et nationale. Le Congo serait bien inspirée de tirer les enseignements des politiques de compétitivité qui ont fonctionné ailleurs: attractivité de la fiscalité frappant les investissements productifs et du système de charges sociales pour les talents – des cadres et ingénieurs aux comités exécutifs des entreprises. Nous les voulons sur notre sol car ils permettent la croissance de long terme du Congo mais pas tous !

C’est d’abord la libre circulation des personnes qui inquiète, sur fond de confusion inquiétante entre migrants africaines et non africaines…. Les prix commencent à monter. Le regard extérieur considère déjà que le pays va s’affaiblir. Et je ne suis pas sûr qu’il n’évolue pas non plus à l’intérieur du Congo et plus particulièrement au sein du Parti Congolais du tavail qui, me semble-t-il, n’a pas donné à SASSOU le mandat politique d’accomplir le virage de politique économique qu’elle envisage.

Je reste un Congolais  convaincu et un fervent partisan du libre-échange, parce que c’est l’échange qui a toujours fait le rayonnement, la force d’attraction de Kinshasa et Brazzaville  hier, de New York et Londres aujourd’hui. La diversité apporte aussi un supplément de richesse, et d’opportunités. Elle fonde davantage la puissance que je ne sais quelle homogénéité ethnique ou nationale.

Notre société ne manque pas tant d’identité que d’un discours politique qui saurait donner du sens à notre histoire collective. Expliquer d’où on vient, où l’on va, donner une vision de la communauté nationale, c’est cela la noblesse de la politique. Les valeurs qui fondent nos démocraties, et notamment celle de la liberté individuelle seulement tempérée et limitée par le respect de celle des autres, restent valables. Mais parce que le monde a changé, nous ne pouvons plus nous contenter des mêmes recettes.

Il faut d’abord réformer l’État, qui n’a pas changé dans son organisation, ni même dans son décor ou ses rites, depuis… très longtemps! Il reste imprégné d’un vieux fond “sassouisme” ! Ce n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui, infiniment granulaire, où l’innovation est diffuse. Nous n’avons que très partiellement répondu à ce défi par la décentralisation. Le rôle de l’État, c’est de créer un cadre fiscal et légal stable, un humus favorable à l’initiative. Pas de prélever un maximum au point de confisquer dans des proportions paralysantes la richesse créée.

Par exemple Le système éducatif est aujourd’hui plein de gens formidables. La réforme est donc possible à condition que l’on sorte des débats idéologiques que l’on aime tant au Congo  et que l’on se pose les bonnes questions sur les savoirs que notre école doit enseigner – le langage, la République, la vie en société – et sur ceux qui sont dépassés. Je crois qu’il est d’ores et déjà aussi important de savoir coder qu’écrire. Il faut prendre enfin au sérieux la formation initiale et continue des enseignants. Parallèlement, il faut que notre pays se soucie réellement de ses universités, qui n’ont pas vraiment été une priorité politique ni financière ces dernières années. Elles ont besoin d’une vraie autonomie qui permette leur liberté pédagogique, le choix de leur modèle économique comme de leur gouvernance. Halte a l’impunité !

Le Congo  est un pays phénoménal, infiniment créatif, qui est comme un cheval de compétition se débarrassant de son cavalier quand celui-ci n’est pas à la hauteur. Nous avons donc besoin de leaders forts, qui développent une vraie vision du monde et une vraie stratégie d’avenir, et qui seront d’une fermeté sans faille dans l’exécution de celle-ci. Bien sûr, il faut écouter les protestations, mais en ayant conscience de ce qu’elles représentent d’intérêts particuliers. Mais il faut savoir tenir un cap. C’est une dignité et une vertu que de mener des réformes.

Cette mesure mérite que les Congolais réfléchissent et donnent leur avis.

Le mot partir a donc changé de sens. Il a perdu son aura dramatique. Plus question de couper les ponts, de brûler ses pénates, et autres rites attestant devant les mânes des ancêtres un choix farouche, irrévocable. Se déplacer devient un geste naturel, et partir annonce revenir comme on prend un billet d’aller et retour. La poésie des voyages a vécu, la tragédie des départs a vécu. Mais ce qui naît, ce qui peut naître parmi nous, c’est un amour plus large de l’humain, une conception de la fidélité qui ne soit plus exclusive de la curiosité, un accueil plus ferme et plus souple de la diversité des êtres et des coutumes.

Le paysan n’aime que sa terre, ne l’aime donc pas de la meilleure manière, s’il refuse tout le reste, et la comparaison. Il faut s’ouvrir. Il faut aimer. Il faut cesser de trouver cela nigaud, et de faire le coq de village tout hérissé, griffu, inefficace. Circulez donc, allez voir, et aimez. Puis choisissez. Revenez si le cœur vous en dit.

Mais je sais bien qu’il y a les visas. N’acceptons pas que cet accident tardif de la démence nationaliste dénature le problème humain. Lançons une campagne nationale pour la suppression des visas, de ces anachronismes scandaleux qui nous empêchent de rejoindre le siècle, de l’habiter et d’user de ses dons. Forçons les gouvernants à nous répondre : à quoi servent ces barrages de tampons ? Comment peut-on les justifier ? Ils n’ont pas arrêté un seul espion, tout en causant la perte de milliers d’innocents. Ils rendent vains les progrès matériels dont notre époque pourrait enfin s’enorgueillir. Ils représentent dans l’esprit des modernes la Fatalité imbécile. Pourquoi donc les acceptons-nous comme des moutons, sans qu’une seule voix proteste ?

Jean-Claude BERI

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