Congo : cacophonie au sommet de l’État.

 

 

 

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

 

 

À peine reconduits,  le Premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM ), le* *directeur de cabinet à la présidence de la République, Florent Tsiba et le secrétaire général du gouvernement s’emmêlent déjà les pinceaux. Leur retour aux affaires leur donnent du tournis au point de confondre les* *noms des animateurs des départements ministériels, prendre maladroitement des notes et laisser M. Sassou valider des décrets d’une architecture contre la* *constitution.*

Les consultations recommandées le 22 avril à ACM ont été menées au pas de charge avec un bandeau bien noir sur les yeux pour ne pas distinguer les visages. On se demanderait si les personnalités figurant sur le décret n° 2026-176 du 24 avril 2026 ont effectivement été consultées, vues et reçues pour un entretien préalable et si elles sont à la hauteur des missions.

Tenez, après une première polémique survenue le 23 avril 2026 à la suite de ses propos sur l’expression « Mokolo Tonga » (propriétaire de l’aiguille, en lingala) empruntée au musicien Luambo Makiadi, nombreux espéraient un ressaisissement de ACM qui s’était illustré par une incroyable vulgarité indigne de son rang et de sa fonction, grosse erreur !

La confusion de l’identité d’un ministre peut être interprétée comme un détail à banaliser, tant elle relève d’un lapsus calami que peut commettre tout un humain.

C’est pourtant dans le détail que se cache souvent le diable.

Et ce diable a été révélé lors du conseil de cabinet tenu le 27 avril qui a débouché sur la note de service n°0009 PM-CAB du 28 avril 2026 portant correction de l’identité du ministre en question.

Cela met en lumière des fragilités préoccupantes dans la gestion de la parole et des procédures administratives au sommet de l’État. Cela interroge également le juridique, l’administratif et la qualité des hommes qui dirigent le Congo

Les observations

Les frères Nzé ne sont pas nés d’une grossesse gémellaire pour qu’une confusion de haute voltige ait pu

se faire. Serge est passé comme lettre à la poste, et tout le gotha administratif n’y a vu que du feu, depuis le

décideur suprême jusqu’au secrétaire  général en passant par le directeur

de cabinet. Les paraphes et les signatures ont été apposés les yeux fermés. La pédale de l’accélérateur s’est enfoncée sur le plancher, et tout est allé vite, trop vite au point de ne plus reconnaître les règles administratives :

la correction d’un acte officiel, tel qu’un décret, relèverait d’une autorité de niveau équivalent ou supérieur, notamment la présidence de la République.

Une note de service, généralement destinée à un usage interne, ne saurait modifier ni contredire un décret. Parallélisme de forme oblige, le rôle de clarification ou de rectification reviendrait davantage aux services compétents de la présidence, notamment du directeur de cabinet, Florent Tsiba qui doit repartir sur le plateau de télé Congo muni d’un décret de modification en bonne et due forme.

Dans ce contexte, la note pondue par le premier ministre est illégale et confirme que le décret n°2026-176 du 24 avril est un faux.  Le chef de gouvernement a fait usage de faux. Oko Ngakala ou la haute cour de justice devraient s’auto-saisir de cette forfaiture, parce qu’elle en est une. Toute la chaîne administrative devrait être désavouée. Il est clair que la précipitation et la pression ont présidé à la prise du décret présidentiel. M. Sassou a-t-il encore les facultés de contrôle? Pris dans un tourbillon où le clan, la famille, les partenaires politiques et les amis, veulent chacun une part du gâteau et pensent à la succession, le président a les pieds et les mains liés. On lui fourgue tout

 Le Congo est en péril.

Cet épisode relance le débat sur l’encadrement et le choix des conseillers qui fourmillent autour du Premier ministre. La compétence y est un pari difficile à réaliser. Le quinquennat qui  commence augure l’échec si le ménage, sans état d’âme, n’est pas fait. ACM doit renforcer la rigueur administrative et mettre en place des outils de contrôle efficaces. La complaisance risque de lui coûter cher. A l’époque du général Jacques Joachim Yhombi Opangault, le dircab de la primature, les conseillers administratif, juridique, politique et celui de la communication devraient être remerciés ou mis en examen, à  défaut de les recycler.

 

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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